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Sébastopol : un futur hub d'entretien pour la flotte russe en Méditerranée ?

13 Avril 2015 , Rédigé par Khan Publié dans #Chantiers navals

La question des capacités d'entretien des bâtiments de guerre russes déployés dans le bassin méditerranéenne apparaît d'autant plus criante que l'activité navale de la Russie est appelée à y augmenter : un détachement opérationnel russe pour la Méditerranée devrait formellement y voir le jour cette année.

 

Le ministre russe de la Défense Sergeï Choïgu avait annoncé dès l'hiver 2013 que la Russie entendait créer en 2015 une escadre méditerranéenne qui serait rattachée organiquement au commandement de la flotte de la mer Noire. La création de ce détachement - composé de moins d'une dizaine d'unités - viendra formaliser une situation qui dure depuis la fin des années 2000 : une présence navale russe continue dans le bassin méditerranéen, et plus particulièrement, en Méditerranée orientale.

Des besoins croissants en capacités d'entretien

L'accroissement de la présence des navires des flottes otaniennes en mer Noire, l'instabilité au Levant, et très récemment la crise au Yémen, ont démontré la nécessité pour la marine russe d'entretenir et moderniser des capacités opérationnelle pré postionnées dans le bassin méditerranéen. Le programme de modernisation 2011-2020 a constitué une première étape dans la régénération de l'outil naval russe en mer Noire. L'admission au service actif de nouvelles unités dans le cadre du plan 2011-2020 a poussé la Russie à engager une réflexion sur ses capacités d'entretien en mer Noire dès le début des années 2010, ce qui a notamment débouché sur la création organique d'un district méridional par OSK, le consortium russe des constructions navales. Toutefois, ce district n'incluait que des chantiers disposant de faibles capacités (les chantiers de Novorossisk, Temriuk et Touapsé notamment). Outre la reconfiguration du paradigme sécuritaire pontique, l'annexion de la Crimée ouvre de vastes perspectives en matière de renforcement des capacités opérationnelles russes, et en particulier en ce qui concerne les infrastructures navales.

Il s'agit d'un rôle que la péninsule ne que connait que trop bien. A l'époque impériale comme lors de la période soviétique, les chantiers fluviaux ukrainiens (Kherson, Nikolaïev) produisaient des grandes unités de surface (dont la plupart étaient d'ailleurs ensuite versées aux flottes soviétiques du Nord et du Pacifique) tandis que Sébastopol était un important centre d'entretien et de réparations (bien que des opérations de maintenance furent aussi assurées à Nikolaïev notamment).

Les chantiers navals criméens : le cas des installations de Sébastopol

La Crimée abrite aujourd'hui trois principaux chantiers navals : Zaliv (Kertch), More (Théodosie), et SevMorZavod (Sébastopol), ainsi que deux centres de réparation navale, le centre n° 13, et le centre n° 92, tous deux situés à Sébastopol également. Avant l'annexion de la Crimée, la Russie recourait occasionnellement aux capacités d'entretien criméennes pour faire entretenir les navires de la flotte de la mer Noire, et n'avait prévu de passer aucune commande à ces chantiers dans le cadre du plan 2011-2020. Il en va aujourd'hui tout autrement.

Jusqu'à présent, les navires de la flotte de la mer Noire devaient en effet se rendre en Bulgarie, à Varna, pour subir des réparations (grands navires de débarquement), ou dans les chantiers russes de la mer Baltique (Yantar à Kaliningrad pour les frégates, Cronstadt pour le sous-marin Alrosa, encore que ce dernier ait aussi subi des réparations au centre n° 13 de Sébastopol en 2009 par exemple). Le chantier Zvezdotchka, situé à plus de 2 000 km de la mer Noire, à Severodvinsk, était aussi sollicité pour l'entretien des navires de la flotte pontique russe. Les récents développements intervenus dans les chantiers criméens suite à l'annexion de la presqu'île devraient libérer les capacités des chantiers baltes et septentrionaux russes.

Le chantier naval SevMorZavod a en effet été nationalisé par la Russie fin février 2015, au détriment du Président ukrainien Petro Porochenko qui en était auparavant le principal propriétaire via son groupe UkrPromInvest. Fin mars, le chantier naval sébastopolitain est devenu une filiale du chantier Zvezdozchka (Severodvinsk) qui devrait lui transférer une partie de ses commandes. Les cadres de Zvezdocthka réalisent actuellement une inspection des installations de Sevmorzavod. Compte tenu du carnet de commande très chargé de Zvezdotchka qui est en charge notamment de la modernisation des sous-marins nucléaires ex-soviétiques (Projets 945, 949, 949A, et 971) il n'est pas impossible que SevMorZavod reçoive une partie des commandes qui portent sur la modernisation des bâtiments de surface, notamment celle des croiseurs lance-missiles du Projet 1164 Altant. Zvezdotchka procède actuellement à la modernisation du croiseur Maréchal Oustinov, et est censé commencer celle du Moskva, navire amiral de la flotte de la mer Noire, cette année. Le Moskva pourrait ainsi être réparé à SevMorZavod.

Les nouveaux submersibles du Projet 0636.3 - dont une à deux unités doivent rejoindre la mer Noire d'ici la fin de l'année - devraient quant à eux être entretenus par le centre n° 13 dont la mise à niveau est prévue. Ce centre a procédé en outre à l'automne à l'entretien de navires de la flotte du Nord déployés en Méditerranée.

Le transfert de contrats par les chantiers russes à des chantiers criméens, ainsi que l'attribution de commandes à ces derniers sans passer par des appels d'offre, constituent un ensemble de décisions qui relève plus largement des mesures d'aide économique entreprises par Moscou pour développer économiquement la Crimée suite à son annexion. A titre d'exemple, les 200 ouvriers de Sevmorzavod reçoivent des salaires compris entre 10 000 et 15 000 roubles, ce qui est très faible (le salaire moyen en Russie est situé entre 22 000 et 25 000 roubles. A St Pétersbourg, il a été de 40 600 roubles en 2014). Cette politique fait émerger deux tendances : d'une part, le rôle régulateur d'OSK tend à augmenter sans que son efficacité ne soit pour autant démontrer, et d'autre part, Sébastopol pourrait devenir à moyen terme un hub pour l'entretien des bâtiments de l'escadre opérationnelle russe en Méditerranée.

Cette solution a été notamment été proposée par l'ancien commandant en chef de la flotte de la mer Noire, Vladimir Komoiedov, qui est actuellement le président du comité de la Douma pour les questions de défense. Il a ainsi suggéré l'idée d'unifier les chantiers navals et usines de réparations navales de Sébastopol. Selon le directeur de SevMorZavod, Sergeï Menialo, ce sont environ 9 à 10 milliards de roubles (un peu moins de €200 millions) qui sont nécessaires pour remettre l'usine à niveau.

En l'absence d'infrastructures d'entretien pérennes en Méditerranée, la Russie mise sur le développement des infrastructures sébastopolitaines pour soutenir l'expansion de l'activité de sa flotte en Méditerranée. Si les possibilités offertes par le port syrien de Tartous ont été considérées comme une option possible, la situation en Syrie a amené un gel des projets de développement du port (ainsi que ceux envisagés à Lattaquié) que la Russie avait budgeté et amorcé. Or, outre la situation en Syrie, les évènements en Libye ou plus récemment ceux intervenus au Yémen ont démontré que la marine russe a besoin d'infrastructures d'entretien en Méditerranée, plus proches que celles situées en mer Baltique ou a fortiori, à Severodvinsk.

La marine russe et la crise au Yémen

Au Yémen, la navire de renseignement Priazovié (Projet 864, flotte de la mer Noire), a procédé au cours de ces derniers jours à deux rotations afin d'évacuer des ressortissants russes et étrangers d'Aden vers Djibouti.

La première rotation s'est déroulée le 1er avril et a permis d'évacuer 308 personnes ressortissantes de 19 Etats. La seconde rotation a eu lieu le 12 avril : ce sont plus de 300 personnes qui ont été évacuées sur Djibouti, dont 45 russes. Toutefois, le fait que ces opérations d'évacuation aient été menées par un navire de renseignement met en lumière une certaine improvisation, et l'absence de moyens navals prépositionnés adéquats, les grands navires de débarquement étant sollicités pour la Syrie ("Novorossisk Express" / "Tartous Express").

 

Sources : Kommersant, Tass, Flotprom, Flot.ru, Sevastopolskié Novosti.

Sevmorzavod. Source : trans-port.com.ua

Sevmorzavod. Source : trans-port.com.ua

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