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Capacités russes de projection : à quoi pourrait ressembler l'après "Mistral" ?

20 Avril 2016 , Rédigé par Khan Publié dans #BPC pour la Russie, #Priboï, #Lavina, #Chantiers navals

Le grand navire amphibie Lavina. Source : twower.livejournal.com

Le grand navire amphibie Lavina. Source : twower.livejournal.com

Le dénouement de l'épineux dossier "Mistral" au mois de septembre dernier a clos une piste pour la Russie en matière de capacité de projection et de développement du secteur des constructions navales. Toutefois, loin de renoncer à se doter de grands bâtiments amphibies, la marine russe envisage d'autres projets.

 

Laissons de côté le débat sur la pertinence pour la marine russe de se doter de capacités de projection navales. Bien que la crise syrienne ait démontré que la Russie pouvait se passer de tels moyens pour modifier l'équilibre militaire sur un théâtre relativement éloigné, les projets de futurs grands navires amphibies russes existent et attestent d'un intérêt persistent pour ces capacités. Laissons également de côté le projet de grand navire de débarquement de type Ivan Gren (Projet 11711). Seules deux unités devraient (péniblement) sortir des cales de Yantar (Kaliningrad) : le Ivan Gren (après 12+ ans de travaux) et le Piotr Morgunov. L'abandon de la poursuite de ce projet a d'ores et déjà été annoncé, et il s'agit de plateforme fondamentalement différentes de celles des BPC.

Deux projets de "Mistralski" ont été présentés au cours des derniers mois : le projet Priboï (Lame de mer, en russe) et le projet Lavina (Avalanche).

Le Priboï est un projet de grand navire amphibie (УДК : Универсальные десантные корабли / littéralement "navire de débarquement polyvalent") conçu par le bureau d'étude Nevsky (Saint-Pétersbourg), qui a été présenté lors du salon "Armée 2015" au mois de juin dernier, et a été alors qualifié - à tort - d'alternative russe au Mistral. Se rapprochant plus d'un LPD de la classe Rotterdam, le Priboï dispose d'un déplacement d'environ 14 000 tonnes, embarque 4 à 6 hélicoptères (Ka-27 pour la lutte ASM ou Ka-52K pour l'appui feu), et peut emmener une force expéditionnaire de 500 à 600 hommes, ainsi que 40 à 60 véhicules. Lors du salon "Armée 2015", un représentant de la marine avait alors déclaré que l'objectif serait de commander 4 unités, qui pourraient être réparties au sein des flottes du Nord et du Pacifique. D'une longueur de 165 mètres pour 25 mètres de large, le Priboï est conçu pour mettre en œuvre 4 vedettes de débarquement du Projet 11770M Serna (des engins de débarquement à cavitation qui sont déjà en service) ou 2 vedettes de débarquement du Projet 12061M Murena (des engins de débarquement sur coussin d'air, déjà en service également). La protection anti-aérienne du bâtiment sera assurée par un système Pantsir navalisé. Dans l'idée, il serait prévu de mettre sur cale la première unité en 2018.

Le second projet, le Lavina, a été conçu par le bureau d'étude Krilov (Saint-Pétersbourg) et se rapproche plus des BPC de type Mistral. Présenté également à l'été 2015, ce grand navire amphibie dispose d'un déplacement de 24 000 tonnes, embarque 16 hélicoptères (Ka-27, Ka-29 et Ka-52K), peut emmener une force expéditionnaire de 500 hommes avec une cinquantaine de véhicules qui seraient plagés grâce à 6 vedettes de type Serna ou 6 vedettes du Projet 03160 Raptor.

 

Ces deux projets, loin d'être concurrents, apparaissent en fait complémentaires. Si le Projet Lavina consiste à fournir à la marine un grand navire amphibie d'assaut avec une composante héliportée nombreuse et une puissance de feu conséquente (en pratique, il serait possible d'embarquer un plus grand nombre de Kamov sur le Lavina, certains experts annonçant une capacité allant jusqu'à 20-22 appareils), le Priboï s'apparente plus à un "très grands" navire de débarquement proche des grandes unités amphibies soviétiques de type Ivan Rogov (13 800 tonnes). Ces unités permettent de plager une force expéditionnaire sur un théâtre côtier déjà sécurisé, et disposent de moyens offensifs réduits.

 

Un défi industriel de taille

Se pose, comme pour les autres projets de grands bâtiments hauturiers russes, la question de la construction de ces plateformes. A ce jour, la Russie ne dispose pas des capacités de construction adéquates, et en plus des contraintes économiques, les chantiers russes accusent un retard critique en matière de technique de construction par rapports aux chantiers asiatiques et occidentaux. Dans une interview accordée récemment au journal Saint-Pétersbourg Vedomosti, le directeur de l'usine de la Baltique - un des principaux chantiers navals pétersbourgeois - confiait que des cales utilisées aujourd'hui sur son site dataient des années 1940. Les capacités du chantier permettent en outre de manipuler des blocs d'un poids maximum de 75 tonnes là où les chantiers européens et asiatiques peuvent aller jusqu'à 500 tonnes, voire 3 000 sur certains sites.

Le contrat Mistral devait aussi en partie aider l'industrie de la construction navale russe à rattraper son retard en matière de construction navale, mais on connaît l'épilogue de ce projet. Le complexe militaro-industriel russe n'a toutefois pas renoncé à la coopération avec l'étranger. Au début du mois d'avril dernier, un groupe d'ingénieurs du chantier naval du Nord (Saint-Pétersbourg) est parti en Corée du Sud pour suivre auprès du chantier Samsung Heavy Industries (SHI) le processus de construction de grands navires de surface destinés à évoluer dans les eaux arctiques.

Sources : Flotprom, Flot.ru, Sdelounas, Saint-Petersbourg Vedomosti, Bastion Karpenko, RIAC...

 

 

 

 

 

Un des rares schémas du Priboï. Source : Bastion Karpenko.

Un des rares schémas du Priboï. Source : Bastion Karpenko.

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