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La "guerre des cales" : qui construira quoi ?

9 Juin 2016 , Rédigé par Khan Publié dans #Chantiers navals, #Porte-avions, #Projet 23000, #Projet 23560

Maquette du Projet 23560 Lider. source : fishki.net

Maquette du Projet 23560 Lider. source : fishki.net

Les déclarations sur les projets de construction ou de modernisation de cales sèches dans les chantiers navals russes se multiplient ces dernières semaines. Les chantiers se préparent à se doter des capacités nécessaires à traiter les commandes du MinDéf russe en matière de navires de premier rang afin de capter une partie de la précieuse manne financière du prochain plan d'armement.

 

Le prochain programme d'armement russe - qui portera vraisemblablement sur la période jusqu'à 2025 (2018-2025) - devrait inclure des plans de modernisations de bâtiments hauturiers, et pourrait inclure la constrution de navires de premier rang, dont le croiseur de nouvelle génération Lider (Projet 23560) ou le futur grand navire amphibie russe (bien que les spécifications n'en soient pas encore arrétées). Or, "l'espace" manque dans les chantiers navals russes qui, de surcroît, n'ont plus construit de navires de guerre de surface à fort tonnage (supérieur à 10 000 tonnes) depuis l'époque soviétique. La construction des frégates du Projet 22350 (Amiral Gorchkov), qui disposent d'un déplacement de "seulement" 4 500 tonnes, a été et reste laborieuse, surtout au plan de l'intégration des systèmes d'armements.

La marine russe souhaite néanmoins renouveller ses capacités hauturières de surface qui sont intégralement composées de bâtiments ex-soviétiques, et c'est dans cette optique que les chantiers navals se préparent à faire face à de probables futures commandes, laissant apparaîte une concurence entre les deux principaux pôles des constructions navales en Russie : Saint-Pétersbourg et Severodvinsk. Au mois d'avril dernier, le président d'OSK - la holding russe des constructions navales - avait ainsi indiqué que le futur porte-avions (Projet 23000 Shtorm) pourrait être construit à Saint-Pétersbourg, au sein de deux chantiers, l'usine de la Baltique d'une part, et le chantier naval du Nord, d'autre part. Toutefois, la santé financière de l'usine de la Baltique reste fragile, comme le confiait encore son directeur dans une interview récemment accordée à un quotidien pétersbourgeois. OSK a en revanche avancé en ce qui concerne le plan de modernisation du chantier naval du Nord, pour lequel la holding a prévu de débourser la somme de 31 milliards de roubles d'ici à 2021 (soit environ €500 millions). Le programme se déroulera en 3 phases, et un appel d'offre pour les 2 premières phases est en cours de préparation pour un budget de 17 milliards de roubles. Les travaux incluent la construction d'une cale sèche, dont on peut supposer qu'elle accueillera probablement la quille de la futur unité tête de série du projet Lider.

A Severodvinsk, les choses bougent aussi. Le centre de réparation navale n° 35, plus communément connu sous le nom de Zvezdotchka, a annoncé un plan de modernisation de ses installations qui prévoit la fusion de ses deux cales sèches (cale nord : longueur 179 m X largeur 22 m X hauteur 14 m ; cale sud : longueur 225 m X largeur 22 m X hauteur 14 m), pour aboutir à la plus grande cale sèche de Russie, dont les dimensions seraient de 400 m de longueur par 70 m de largeur. Cette cale serait donc plus grande que celle du chantier naval Zaliv, situé à Kertch (Crimée), qui souhaiterait aussi recevoir des commande de la part du MinDéf. Zvedotchka a annoncé la construction de cette cale dans la perspective de la modernisation du PA Amiral Kouznetsov, qui doit débuter au 1er trimestre 2017, lorsque le bâtiment rentrera d'un déploiement en Méditerranée. Toutefois, il est possible que le PA subisse sa modernisation à Sevmash (propriétaire de Zvezdotchka). Cette cale permettrait en outre à Zvezdocthka de prendre en charge la construction de l'hypothétique futur PA, dont il est peu probable que l'on voit le bout de la quille avant les années 2030. Le chantier naval a d'ailleurs fait savoir que les dimensions de cette cale permettraient aussi de travailler sur des brises glaces nucléaires du type de celui de l'Arktika (Projet 22220, mise à l'eau prévue le 16 juin prochain, déplacement de 33 500 tonnes).

Les capacités des chantiers navals de Severodvinsk sont lourdement sollicitées : Zvezdotchka est en charge de la modernisation du croiseur Maréchal Oustinov (flotte du Nord, Projet 1164), et une fois celle-ci terminée, le chantier devrait procéder à celle du Variag (flotte du Pacifique, Projet 1164), puis du Moskva (flotte de la mer Noire Projet 1164), à moins que les capacités de Vladivostok (DalZavod) et de Sébastopol (SevMorZavod) ne soient mobilisées, mais cela reste encore très hypothétique. Sevmash réalise actuellement la modernisation du croiseur nucléaire Amiral Nakhimov (flotte du Nord, Projet 1144.2) et procédera ensuite à celle du Pierre-le-Grand (flotte du Nord, Projet 1144.2) qui rentrera à son tour chez Sevmash (2018). Tous ces programmes, bien que nécessaires, impactent la disponibilité opérationnelle des grands bâtiments de surface de la flotte du Nord : sur les 9 navires théoriquement alignés, seuls 4 sont déclarés disponibles et ont pris / vont prendre la mer en 2016 (le PA Amiral Kouznetsov, le croiseur Pierre le Grand, les grands navires de lutte ASM Severomorsk et vice-Amiral Kulakov).

 

Sources : Sankt-Peterbourg Vedomosti, Kommersant, Vzgliad, Izvestia, blogs...

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Frédéric 16/06/2016 05:26

Merci de cette revue des capacités des chantiers navals russe. En France, avec les paquebots commandé ces derniers temps, il n'y aura plus de place pour un éventuel second porte-avions avant des années.

Frédéric 16/06/2016 13:20

Avec la Chine qui semble vouloir s'y mettre également d'ici peut etre même avant 10 ans dès son deuxième porte-avions de construction nationale. Pour la France, lire le dernier article du Fauteuil de Colbert...On a raté le train pour un jumeau du CdG sans les années 90 et 2000, on verra peut être un successeur a celui-ci en 2030 .

Khan 16/06/2016 10:24

Merci !
Il me semble que, quand bien même il y aurait de la place dans les chantiers navals fr, le second PA n'y serait pas mis sur cale car il n'y a pas de volonté politique (et d'argent) pour le construire. Cela pose la question de la conservation de notre savoir-faire : la France est, avec les Etats-Unis, le seul pays à savoir construire intégralement en PA nucléaire ou classique.