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L'Amiral Kouznetsov : combien de divisions ?

23 Septembre 2016 , Rédigé par Khan Publié dans #Porte-avions, #Aéronavale, #Méditerranée

Le porte-avions Amiral Kouznetsov dans l'Atlantique Nord en janvier 2008. Forum.airbase.ru

Le porte-avions Amiral Kouznetsov dans l'Atlantique Nord en janvier 2008. Forum.airbase.ru

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a annoncé que l'unique porte-avions russe, l'Amiral Kouznestov, serait déployé à l'automne en Méditerranée orientale, dans le cadre du détachement naval russe qui y évolue en permanence. A cette annonce est venue s'ajouter celle du commandant en chef des forces aéronavales russes, le général-major Igor Kojin, qui a confirmé que le PA serait doté de tout son groupe aérien. Ces déclarations soulèvent un certain nombre de questions, surtout dans la perspective de missions de combat auxquelles le PA et son groupe devraient prendre part en Syrie.

 

Un groupe aérien renouvelé

Le dernier déploiement du PA Amiral Kouznetsov en Méditerranée remonte à 2013/2014. Le "Kouze" avait alors accompli sa septième mission dans le bassin méditerranéen, entre le 17 décembre 2013 et le 5 mai 2014, respectant ainsi la périodicité de ses précédentes croisières dans les "eaux chaudes", qui interviennent globalement entre décembre de l'année n, et le printemps de l'année n+1 (sauf pour sa 2e et 3e mission, mais elles ne comprenaient pas de déploiement en Méditerranée). Après sa dernière mission, le PA a entamé un cycle d'entretien à quai à l'usine de réparation navale n°82 (Mourmansk) en mai 2015, puis entre avril et mai 2016, il a accompli une phase de préparation technique à l'usine de réparation navale n°35 (Mourmansk). Selon les indications données par l'agence TASS, le huitième déploiement de l'Amiral Kouznetsov devrait donc intervenir entre le mois d'octobre 2016 et janvier 2017 - comme nous l'avions évoqué sur ce blog dès l'été dernier - bousculant ainsi les habitudes des calendriers précédents.

Le groupe aéronavale que devrait emporter le "Kouze" - présenté par les autorités comme devant être "complet" - pourrait comprendre 10 Su-33 et 4 MiG-29K (version monoplace donc), ainsi que des hélicoptères Ka-52K, à l'origine conçus pour être déployés sur les BPC. Les Su-33 ont été optimisés ces dernières années pour des missions de supériorité aérienne et de protection du groupe naval. Ils ont par ailleurs été dotés du système de désignation des cibles Gefest SVP-24 utilisé notamment en Syrie pour le ciblages des bombes gravitationnelles. Les MiG-29K sont des appareils multirôles de 4e génération appelés à mener dans le cadre des cette sortie des missions de combat en Syrie. Il s'agit là d'un tournant à maints égards : jusqu'à présent, le PA russe et son groupe se situaient à la rupture Mer-Air tout en disposant des capacités à mener des missions de lutte anti-surface (mer-mer) et anti-aériennes (air-air). Les MiG-29K pourraient mettre en œuvre des munitions de précision guidées de type KAB-500 pour frapper des cibles au sol, ainsi que des missiles anti-navires Kh-35. Le premier appontage d'un MiG-29K sur le PA s'est ainsi déroulé le 8 août dernier. Il faut également s'attendre à ce que les hélicoptères Ka-52K soient impliqués dans des missions d'appui feu en Syrie : les essais d'appontage se sont déroulés pour leur part fin août 2016 sur le "Kouze" (voir photo en fin d'article).

De quoi le Kouznetsov sera t'il capable en Syrie ?

A l'origine, il était prévu que le PA dispose d'un groupe aérien entièrement renouvelé, avec des MiG-29K et MiG-29KUB (biplaces). Une nouvelle formation a été créée à cet effet, le 100e régiment aérien autonome de chasse de l'aéronavale. Toutefois, l'annonce du maintien des Su-33 confirme le fait que deux formations cooexisteront sur le PA ; celle prémentionnée, et le 279e régiment (Su-33). Elle confirme surtout le fait que la préparation du groupe ne sera pas achevée dans les temps.

A ce jour, des doutes subsistent sur la capacité d'emport des MiG-29K. Le PA est doté d'un tremplin, et non d'une catapulte, ce qui diminue considérablement la charge utile emportée par les Su-33 et les MiG-29K. Dans quelle mesure les MiG seront-ils capables de décoller avec leur dotation en missiles ? C'est un mystère...et un secret d’État. Aucune photo, ni vidéo ne montre les MiG-29K au décollage avec leur armement, y compris lors des essais réalisés à Ieïsk et en Crimée (Saki) pour la qualification des équipages (voir vidéo ci-dessous). Ce défis technique tend à conférer à l'expérience et à l’entraînement des pilotes une place encore plus importante qu'elle ne l'est déjà. Or, là aussi, le doute est permis, tant les délais paraissent serrés, et la volonté - si ce n'est la hâte - du politique de déployer le PA au Levant a très certainement exercé une pression supplémentaire lors de la formation et la qualification des équipages. Le 100e régiment a ainsi été créé en décembre 2015, soit il y a moins d'un an, et dispose de 24 MiG-29K/KUB, sur lesquels seuls 4 pourraient effectivement embarquer sur le PA. A l'origine, l'aéronavale souhaitait que les MiG-29K/KUB subissent un cycle d'essais jusqu'en 2018, mais l’entraînement des pilotes auraient de fait débuté sur certains appareils sur les simulateurs terrestres avant la fin de ces phases de tests. Les premiers appontages "au sol" auraient ainsi débuté au printemps 2016, et le premier appontage sur le PA a eu lieu début août, comme indiqué précédemment. Cela signifie donc que des pilotes ont eu tout au plus 4 mois (sans que l'on connaisse bien évidemment les heures de vol), entre mai et août, pour pratiquer et appréhender un nouvel appareil : cela paraît bien peu, surtout s'il s'agit de réaliser des frappes au sol en Syrie à partir du PA. Ce type d'exercice n'a semble t'il pas été simulé lors des manœuvres que le Kouznestov réalise depuis quelques jours en mer de Barents, avec le croiseur nucléaire Pierre le Grand notamment. Les incertitudes concernent donc à la fois le degré de préparation des équipages - y compris et surtout la formation de nouveaux éléments - ainsi que la capacité des pilotes à manœuvrer un appareil avec sa dotation en armement sur un PA pour des missions de combat d'un type nouveau. A ce titre, on ne peut exclure que le déploiement du PA ne soit repoussé à décembre, afin que les pilotes puissent s'entrainer un peu plus, jusqu'à ce que la nuit polaire ne contraigne le "Kouze" à appareiller pour le Levant.

Au-delà des aspects liés au bâtiment, les appareils russes évolueraient dans un milieu aérien sous la maîtrise des Russes (S-400 et détachement de forces aériennes basées à Hmeimim) - sauf si les Turcs décident de refaire parler d'eux -, ce qui au moins lève une difficulté supplémentaire.

 

Le PA Amiral Kouznetsov mettait jusqu'à présent en œuvre des missions de sanctuarisation de zones et de présence dans l'océan mondial ("hisser le pavillon"). Il devrait pouvoir désormais ajouter à son arc les missions de projection de puissance et d'attaque. Il subsiste toutefois à ce jour de sérieux doutes sur le degré de préparation des équipages et la capacité d'emport des appareils, que les missions de combat prévues sur le "polygone syrien" devraient infirmer ou confirmer d'ici la fin de l'année. Le PA devrait à son retour à la base entrer en IPER.

 

Sources : TASS, Ria Novosti, navy.korabel, Bmpd, Vzgliad, Flot.com, forum...

Entrainement des MiG-29KUB sur le NITKA

Essais d'appontage d'un Ka-52-K sur l'Amiral Kouznetsov au mois d'août 2016. Forum.airbase.ru

Essais d'appontage d'un Ka-52-K sur l'Amiral Kouznetsov au mois d'août 2016. Forum.airbase.ru

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