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Amiral Kouznetsov : de la flotte in being à la diplomatie navale

31 Octobre 2016 , Rédigé par Khan Publié dans #Actualité, #Porte-avions, #Escadre méditerranéenne, #Russie-Syrie

Vue du PA Amiral Kouznetsov depuis le navire amphibie Rotterdam. Source : forum.

Vue du PA Amiral Kouznetsov depuis le navire amphibie Rotterdam. Source : forum.

Tandis que le porte-avions russe Amiral Kouznetsov poursuit sa route dans le bassin méditerranéen, les spéculations se succèdent quant à la nature et aux nombres des sous-marins susceptibles de l'accompagner, ainsi que sur sa prochaine étape, après les refus espagnol et maltais d'accueillir son groupe naval. En attendant, la marine russe joue le jeu de la flotte in being tout en se livrant à une démonstration de diplomatie d'influence.

A la fin du XVIIe siècle, le maritimiste britannique James R. Thrusfield (1840-1923) définit la flotte in being comme une flotte qui, bien que ne disposant pas de la maîtrise des océans, dispose cependant de la capacité à occuper une flotte adversaire numériquement et qualitativement supérieure en adoptant une série de dispositions d'ordre tactique et stratégique que lui dictent le contexte dans lequel elle évolue. La mise en oeuvre de cette stratégie a débuté, un peu malgré la marine russe d'ailleurs, au printemps dernier, lorsque les annonces sur la date du départ du groupe aéronaval russe se succédaient. Le timing de ce départ reposait avant tout, nous l'avons vu, sur le degré de préparation du PA et de son groupe embarqué. L'incertitude qui régnait autour de ces paramètres constituait déjà un élément de la flotte in being russe.

Il y aurait peu d'intérêts à  réaliser une comparaison unité par unité entre le groupe aéronaval russe et les flottes de l'OTAN qui croisent en Méditerranée ; le bassin méditerranée pourrait être décrit, un peu rapidement, comme un bassin navalement otanien dans lequel le monopole de l'Alliance est contesté par l'irruption sporadique de navires chinois et iraniens pour ne citer qu'eux, et par l'activité de la marine russe. Le Levant, où un détachement naval russe opère sur une base régulière depuis le début des années 2010 constitue de fait un sous-espace naval du théâtre méditerranéen. La Russie y dispose d'un contexte maritime relativement favorable, avec un point d'appui naval (Tartous), une base aérienne (Lattaquié) et des accords signés avec des Etats riverains (Grèce, Chypre et Malte) qui lui permettent d'utiliser des ports levantins et grecs pour des opérations d'ordre logistique. Dans le bassin occidental, le maillage naval russe est bien plus lâche. Seule l'Espagne accorde à la Russie la possibilité d'utiliser Ceuta pour recharger les cuves en eau fraîche ainsi que pour faire le plein des tankers. Depuis l'annexion de la Crimée par Moscou, ce sont pas moins de 14 bâtiments russes - sous-marins classiques compris - qui ont ainsi utilisé les infrastructures de Ceuta. Les Espagnols retirent une petite manne de ce commerce et irritent - au passage - leur grand voisin britannique accroché au Rocher de Gibraltar depuis 1704. Certains navires russes réalisent enfin des étapes en Algérie.

Diplomatie d'influence dans le bassin occidentale, diplomatie de la canonnière au Levant

Le facteur d'incertitude - inhérent à la flotte in being - est ici augmenté d'un paramètre : personne n'est en capacité de dire à ce jour dans quelle mesure le PA pourrait prendre part à la campagne russe en Syrie ? Certes, les hélicoptère d'attaque Ka-52K connaîtront probablement leur baptême du feu. Mais qu'en sera t'il des MiG-29K qui constituent la véritable nouveauté de ce déploiement (voir vidéo ci-dessous) ? En attendant de rejoindre le Levant, le groupe aéronaval rempli une première série d'objectifs : hisser le pavillon et réaliser des exercices dans les eaux chaudes méditerranéennes. Des manoeuvres sont prévus entre les côtes de l'Algérie et celles de la Sardaigne le 3 novembre. Il conviendra ensuite de surveiller si, après Ceuta et Malte, les ports chypriotes et grecs seront aussi fermés à l'escadre russe. Il s'agit là de deux pays avec lesquels la Russie entretient de bonnes relations en dépit du contexte tendu avec Bruxelles, mais qui sont loin d'être hermétiques à des pression émanant des Européens. Il convient également de garder un oeil sur une étape égyptienne qui serait forte au plan symbolique et politique. La Russie est l'Egypte ont mené pour la première fois depuis la fin de l'URSS des exercices navals en juin 2015. Ses bonnes relations avec l'Algérie ainsi que celles, revitalisées, avec Le Caire offrent des alternatives à la marine russe en matière d'appui logistique. En mettant la pression sur Malte et l'Espagne pour qu'ils refusent l'entrée de navires de guerre russes dans leurs ports, la communauté euro-atlantique conforte la Russie dans son besoin de disposer d'un point de relâche permanent, si ce n'est d'une base navale, en Méditerranée, et encourage Moscou à densifier son partenariat dans le domaine naval avec des pays d'Afrique du Nord.

S'inscrivant dans la droite lignée des canons gorshkoviens en matière de diplomatie navale, le PA russe doit aussi soutenir par sa présence les partenariats militaro-techniques que la Russie entretient avec des pays méditerranéens. Ce constat est bien sûr flagrant pour la Syrie, mais il est aussi valable pour l'Algérie et l'Egypte. Or, dans ces deux derniers cas, il est d'autant plus important pour Moscou d'affirmer sa présence qu'Alger et Le Caire ont acquis ou projettent d'acquérir des plateformes navales de surface occidentales (BPC ex-russes et corvettes Gowind pour la marine égyptienne, frégates allemandes Meko et navire amphibie italien pour l'Algérie...). Moscou a fait pour sa part "don" d'une corvette lance-missiles à l'Egypte (Projet 1241) en 2015 et construirait 2 SSK de type Kilo pour la marine algérienne. Des informations font aussi régulièrement surface sur des pourparlers avec le Maroc concernant l'achat de SSK. Le secteur naval a représenté 10% des exportations de matériels militaires russes en 2015. Il s'agit donc pour la Russie de capitaliser sur les démonstrations de forces réalisées en Syrie en mettant en avant son outil naval qui, certes, impressionne peu les Occidentaux (où seule la fumée du Kouznetsov semble avoir retenu l'attention de certains observateurs), mais continue d'exercer une forme d'influence sur les pays de la rive Sud de la Méditerranée. Cette présence est d'autant plus cruciale que cette composante de l'influence russe pourrait être amener à s'éroder à moyen terme étant donné l'admission au service actif progressive de nouvelles plateformes de surface modernes occidentales dans les marines d'Afrique du Nord. 

Sources : RIA Novosti, Vzgliad, veille de l'auteur...

Source : TV Zvezda, 01/11/2016.

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