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Constructions navales russes : 2016, une année de transition

22 Décembre 2016 , Rédigé par Khan Publié dans #Chantiers navals, #Sous-marins, #Surface, #Actualité

Constructions navales russes : 2016, une année de transition

L'année 2015 était caractérisée par peu d'admissions au service actif et des mises sur cale à peine plus nombreuses, ce qui avait contrasté après une année 2014 bien plus fournies. A ce creux sont venus se rajouter les contrecoups de la crise ukrainienne qui a induit la rupture de la coopération militaro-technique entre la Russie et l'Ukraine, ainsi que des incertitudes liées à la dégradation de la situation économique. S'il subsiste toujours des interrogations en matière industrielle et budgétaire, 2016 aura néanmoins vu un léger rebond dans le tempo des chantiers navals russes. Cette relative embellie sera t'elle toutefois durable ?

 

*ce bilan porte sur les forces sous-marines et les navires de combats de premier et deuxième rang. La construction des bâtiments de soutien logistique et de service n'est pas prise en compte.

 

Même si l'on constate des améliorations par rapport à la décennie 2000, force est néanmoins de constater que le rythme de construction et de livraison des unités reste trop irrégulier. Bien qu'il existe des exceptions (SSK du Projet 0636.3), on constate encore trop de retards, surtout pour les navires de surface et pour certains programme de sous-marins (SSGN du Projet 885 en particulier). Ce constat a récemment amené le ministre russe de la Défense à exiger d'OSK (consortium russe des constructions navales) de respecter tous ses engagements contractuels. L'industrie navale russe lutte toujours autant pour remplir ses objectifs en matière de substitution aux importations, surtout en ce qui concerne les haute-technologies. Deux pistes semblent à ce jour envisagées pour compenser la fermeture des sources occidentales en matière de technologies navales : inclure Rostek dans le cycle de conception et de construction des navires, et augmenter la part de constructions de bâtiments civils dans le plan de charges des chantiers. L'intégration du conglomérat russe pour les hautes technologies viserait ainsi à favoriser l'attraction de technologies et du savoir-faire étranger en matière de constructions navales en créant des synergies. La seconde piste possède un double intérêt : à travers la construction de navires civils de fort tonnage, les chantiers navals gagnent en expérience tout en ayant la possibilité d'importer des technologies nécessaires pour honorer les contrats. Sevmash (Severodvinsk) a ainsi récemment annoncé vouloir faire passer le taux de contrats civils de 10% actuellement à 50% à l'horizon 2030. Sevmash, dont le plan de charge est rempli jusqu'à 2025, anticipe probablement par ailleurs une meilleure ventilation des commandes d'Etat sur d'autres centres de construction. Enfin, il semblerait que les industriels russes soient parvenus à surmonter le défis de l'entretien et de la réparation des turbines à gaz ukrainiennes (à défaut d'avoir mis au point une turbine à gaz indigène). Nous avions consacré un article à ce sujet en mars 2016 ; la frégate Yaroslav Mudriy (Projet 11540, flotte de la Baltique), après avoir subi de longues réparations sur son système de propulsion, a pris le large en octobre dernier pour une longue croisière qui l'a mené jusqu'aux eaux de la mer des Caraïbes. Les réparations, mises en oeuvre par les industriels Novik (Moscou) et Kouznetsov (Samara) semblent avoir tenu.

Mises sur cale et admissions au service actif en 2016

Sous-marins

En 2016, les chantiers navals russes auront livré 2 sous-marins. Les SSK B-268 Velikiy Novgorod et B-271 Kolpino (Projet 0636.3) ont été livrés par le chantier naval de l'Amirauté (Saint-Pétersbourg) respectivement le 26 octobre et le 24 novembre 2016. La remise du B-271 permet au chantier naval de clore la commande de 6 SSK passée par le MinDéf russe pour la flotte de la mer Noire. L'achèvement, largement dans les temps, de cette commande confirme la bonne santé du secteur des constructions navales russes en matière de sous-marins. Le lot de 6 submersibles aura été construit avec une moyenne d'un peu plus 31 mois par unité (le "record" étant détenu par le délai de construction du B-265 Krasnodar : 21 mois). Les perspectives pour le chantier naval de l'Amirauté sont bonnes puisqu'il devrait se charger de la construction de 6 SSK supplémentaires pour la flotte du Pacifique. La première mise sur cale doit intervenir à l'automne 2017 avec des ASA prévues sur la période 2019-2021.

Deux sous-marins nucléaires auront été mis sur cale par Sevmash (Severodvinsk) cette année : le SNLE Kniaz Pojarsky (Projet 955A, prévue le 23.12) et le SSGN Perm (Projet 885A, le 31.07.2016). La série des Yasen (Projet 885) connaît toujours autant de retards : la mise à l'eau du second, le K-561 Kazan, annoncée pour décembre 2016, interviendra plutôt en 2017. En revanche, le rythme de construction des SNLE se porte mieux, même si là aussi on constate des retards. La mise sur cale du Kniaz Pojarsky - le 8e et dernier sous-marin de la série des SNLE de type Boreï commandés à ce jour - devait ainsi avoir lieu en décembre 2015 avec une ASA prévue en 2020. Le calendrier a désormais glissé de (au moins) une année.

Perspectives pour 2017 :

- la mise à l'eau du SNLE Kniaz Vladimir, premier Boreï modernisé (Projet 955A).

- mise à l'eau du K-561 Kazan et peut-être celle de la 3e unité des Yasen, le K-573 Novosibirsk.

- mise à l'eau hypothétique du sous-marin nucléaire Khabarovsk (projet inconnu).

- le début de la construction du lot de 6 SSK de type Kilo pour la flotte du Pacifique.

 

En surface

Les chantiers navals russes ont livré à ce jour au ministère de la Défense 3 bâtiments de surface : 2 frégates du Projet 11356M, l'Amiral Grigorovitch et l'Amiral Essen, tous deux construits par Yantar (Kaliningrad), et le dragueur de mines Alexandre Oboukhov (Projet 12700), construit par Pontonny (Srednie Nevsky). Ce dernier bâtiment dispose d'une coque en matériaux composites en fibre de verre, ce qui contribuera à sa durée de vie tout en diminuant son déplacement. La frégate Amiral Grigorovitch a connu cette année son "baptême du feu", puisqu'elle a été engagée dans les opérations russes en Syrie et a tiré des missiles Kalibr depuis la Méditerranée orientale.

En ces derniers jours de l'année 2016, des incertitudes pèsent sur la livraison de 4 unités annoncée pourtant pour cette année (après des reports pour certaines) : les frégates Amiral Makarov (Projet 11356M, Yantar) et Amiral Gorchkov (Projet 22350, chantier naval du Nord, Saint-Pétersbourg), le grand navire de débarquement Ivan Gren (Projet 11711, Yantar), et la corvette Sovershenny (Projet 20380, chantier naval de l'Amour, Komsomolsk s/ Amour). dans ce dernier cas, il semblerait que la livraison ait été encore repoussée (!). Elle est en construction depuis plus de 10 ans (juin 2006). Tout porte à croire que les 3 premières unités seront admises au service actif en 2017.

Près de 8 bâtiments de surface ont été mis sur cale en 2016 par les chantiers navals russes : les corvettes Rezkiy (Projet 20380, chantier de l'Amour) et Derzhkiy (Projet 20386, chantier naval du Nord), les patrouilleurs du Projet 22160 Pavel Derzhavin, Sergueµi Kotov et Viktor Velikiy (tous prévus pour la flotte de la mer Noire), et 3 petits navires lance-missiles du Projet 22800 (Shtorm, Shkval et Bouria). Le Bouria doit être mis sur cale le 24.12 par le chantier naval Pella (Saint-Pétersbourg) où est construit le Shtorm ainsi que 2 autres unités. Le Shkval est pour sa part construit par More (Féodossia, Crimée). A noter : la mise à l'eau en octobre par le chantier naval du Nord du Ivan Khurs, seconde unité du Projet 18280 (navire collecteur de renseignements). Le rythme de construction de ces petites unités paraît relativement satisfaisant (sauf pour le cas consternant du chantier naval de l'Amour où l'on se trouve dans le cadre d'une opération de maintien en vie des capacités de construction à travers quelques contrats). Ces bâtiments sont équipés de turbines diesels russes. Seules les corvettes lance-missiles du Projet 21631 et celles du Projet 20385 étaient équipées de turbines achetées auprès de l'allemand MTU, ce qui n'est désormais plus le cas. Dans le cas du Projet 21631, le premier contrat est en cours d'achèvement, et une seconde série de bâtiments devrait être mise en chantier en 2017.

Les chantiers navals russes n'auront donc mis sur cale aucune frégate en 2016, en raison notamment de l'incertitude qui plane sur la mise au point de turbines à gaz indigènes en lieu et place des turbines ukrainiennes. Cela étant dit, l'excuse des turbine, tout en étant bien réelle, permet aussi de réaliser de précieuses économies. La 4e frégate du Projet 22350, l'Amiral Yumachev devait en effet être mise en chantier cette année : il n'en a rien été. En ce qui concerne les 3 dernières unités du Projet 11356M, les 2 existantes (Amiral Boutakov et Amiral Istomin) pourraient soit être revendues à l'Inde, soit conservées en attendant la livraison de turbines appropriées par le russe Saturn. La 6e pourrait être mise en chantier dans le cadre d'un contrat indien.

Perspectives pour 2017 :

- l'augmentation du nombre de petites unités combattantes lourdement armées au lieu de la mise en chantier d'unité de premier rang moins nombreuses en raison de l'absence de turbines à gaz.

- la mise au point par Saturn d'un modèle de turbine à gaz russe

- la mise en chantier de la seconde série de corvettes lance-missiles du Projet 21631

- le contrat indien sur les frégates du Projet 11356M

- la poursuite du programme de modernisation des grands bâtiments de surface ex-soviétiques (Projets 1164, 1144, 1155) pour pallier le manque de capacités hauturières

 

Conclusion

L'année 2016 aura donc été une année de transition pour l'industrie navale russe. Transition car les industriels russes ont absorbé le double choc qu'ont constitué la rupture de la coopération avec l'Ukraine et celle de la crise économique. Transition encore car au cours de l'année 2017, le programme d'armement 2018-2025 devrait faire parler de lui de manière un peu plus précise, à la faveur de la stabilisation de la situation économique et de l'approche des échéances électorales de 2018. Nous y reviendrons au cours des prochains mois. De nombreux défis restent cependant à relever : celui des turbines à gaz, l'intégration toujours aussi problématique des systèmes sur les coques, les retards à répétition, la résurrection des capacités de construction criméennes... Toutefois, les premiers résultats sont aussi là : la flotte de la mer Noire dispose désormais de sa sous-marinade de 6 SSK tandis que sa physionomie a évolué sensiblement au cours des derniers 24 mois avec l'ASA de nouvelles plateformes de surface. Au-delà du bilan de l'année 2016, ces dernières années sont aussi celles du rebond après la terrible double décennie 1990-2000.

 

MàJ du 18/01/2017 : voici un récapitulatif par flotte des nouvelles plateformes navales admises au service actif en 2017.

Flotte de la Baltique : 7

  • 1 dragueur de mine Alexandre Obukhov (Projet 12700)
  • 4 remorqueurs
  • 1 grue flottante
  • 1 bâtiment pour les test d'armements Viktor Cherokov

Flotte de la mer Noire : 7

  • 2 SSK du Projet 0636.3 (Velikiy Novgorod et Kolpino)
  • 2 frégates du Projet 11356M (Amiral Grigorovitch, Amiral Essen)
  • 1 remorqueur
  • 1 navire hydrographique
  • 1 grue flottante automotrice

Flottille de la Caspienne : 3

  • 3 remorqueurs

Flotte du Nord : 7

  • 3 navires de soutien pour la plongée
  • 2 bâtiments de protection portuaire
  • 1 bâtiment hydrographique
  • 1 grue flottante automotrice

Flotte du Pacifique : 2

  • 1 bâtiment hydrographique
  • 1 grue flottante automotrice

 

Consulter le tableau des sous-marins en cours de construction.

Consulter le tableau des navires de surface en cours de construction.

Crédit de l'illustration : Oleg Kulashov.

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