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OSK sous le feu des critiques

10 Mars 2017 , Rédigé par Khan Publié dans #Chantiers navals, #Projet 22350, #Projet 20380, #Projet 11711, #OSK

Crédit : primamedia.ru

Crédit : primamedia.ru

Les temps sont durs pour OSK - le consortium russe des constructions navales - qui a été rappelé à l'ordre, certains diront une nouvelle fois, par le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. Le 7 mars dernier, le ministre a ainsi rappelé à OSK l'impérieuse nécessité de respecter les dates de livraison des commandes d'Etat et a exigé de la holding qu'elle s'y conforme dans les meilleurs délais.

C'est que les retards continuent de s'accumuler dans les cales des chantiers navals russes. Rien qu'aujourd'hui, on apprend que le quatrième SNLE de type Boreï, le Kniaz Vladimir (premier sous-marin de la série modernisée des Boreï A) serait mis à l'eau en août ou septembre prochain. Ce qui pourrait sonner comme une bonne nouvelle de prime abord s'apparente en fait à l'annonce d'un retard de 6 mois, la mise à l'eau du SNLE ayant été prévue jusqu'à ce jour au printemps 2017, avec une admission au service actif alors possible pour la fin 2017. Le Kniaz Vladimir devrait donc désormais être versé à la flotte du Pacifique en 2018. Toutefois, à ce jeu là, Sevmash (Severodvinsk) - le chantier naval en charge de la construction entre autres choses des SNLE et SSGN russes - n'est pas le plus "mauvais élève", loin s'en faut. Ainsi, la frégate Amiral Gorchkov, unité tête de série du Projet 22350 construite par le chantier naval du Nord (St Pétersbourg), aurait du être livrée fin 2016 (après avoir connu de multiples retards liés à l'intégration des systèmes d'armements notamment), de même que le grand navire de débarquement Ivan Gren (Projet 11711, construit par Yantar à Kaliningrad), dont il était question qu'il soit (enfin) admis au service actif à la fin de l'année dernière. Ce sera pour 2017... Ce bâtiment a été mis sur cale en 2004 et son épopée incarne d'une certaine manière les contradictions et difficultés qui caractérisent l'industrie navale russe. La construction des corvettes du Projet 20380 au chantier naval de l'Amour (Komsomolsk s/Amour) vient aussi à l'esprit lorsque l'on évoque la question des retards. Le 9 mars, le vice-ministre de la Défense Youri Borisov a ainsi sévèrement critiqué le rythme des constructions dans cette usine, connue notamment pour des problèmes de détournements de fonds. La corvette Soverscheny y est en construction depuis 10 ans et le chantier doit livrer trois autres bâtiments de ce type qui sont actuellement sur cale : Gromkiy - dont la mise à l'eau est prévue pour cette année -, Rezkiy et Aldar Tsidenjapov. La corvette Soverscheny aurait aussi du être livrée en 2016 ; elle le sera en 2017, tandis que les trois autres le seront respectivement en 2018, 2019 et 2020.

Les retards accumulées dans les chantiers traduisent plus généralement la difficulté des entreprises à suivre le rythme des commandes du ministère de la Défense. Il ne s'agit toutefois pas seulement des chantiers, mais aussi des sous-traitants et des fournisseurs. Les déboires rencontrés par l'usine de la Baltique (St Pétersbourg) illustrent bien cette situation. L'usine de la Baltique est notamment en charge de la construction des brise-glaces classiques du Projet 22600 dont le Viktor Tchernomyrdine est l'unité tête de série, ainsi que de ceux, de nouvelle génération, à propulsion nucléaire du Projet 22220, dont l'Arktika est la première unité. Au mois de février dernier, on apprenait que la livraison de l'Arktika pourrait être repoussée de plusieurs mois en raison de retards accumulés par les sous-traitants. Ainsi, l'usine Kirovsk, en charge de la construction des turbines, n'a pas été en mesure de les livrer en mai 2015, car elle-même n'avait pas reçu des composants de la part d'un autre industriel, dont la livraison été prévue pour mai 2014 et qu'elle a fini par avoir en...décembre 2016. En ce qui concerne le Viktor Tchernomyrdine, le gouvernement fédéral a accepté de proroger les délais de construction du brise-glace, évitant ainsi à OSK d’avoir à verser d’importantes pénalités de retard à son commanditaire, l’agence fédérale du transport maritime et fluvial Rosmorrecthflot. Le montant des pénalités s'élevait à 1,2 milliard de roubles (environ 20 millions d'euros). Autant dire que l'Etat russe a agi en pompier car le montant de ces pénalités s'élève, peu ou prou, au montant de l'aide financière de 1,5 milliard de roubles demandées par l'usine de la Baltique à OSK l'été dernier. Le chantier naval n'était alors pas en mesure de rembourser ses créditeurs : l'usine doit rembourser d'ici fin 2017 près de 3,5 milliards de roubles à ses créanciers.

La question des délais de construction est plus que jamais d'actualité à l'heure où le ministère de la Défense prépare le plan d'armement 2017-2025. Le chantier naval Zvezda (Bolchoï Kamen, Extrême-Orient russe) devrait ainsi recevoir une commande importante pour la construction d'une série de navire ravitailleurs d'un déplacement de 20 000 tonnes. En outre, le chantier naval de l'Orient (Vostochny Verf) s'est aussi positionné en rappelant qu'il a toujours respecté ses engagements contractuels en matière de délai de livraison et qu'il n'est détenteur d'aucune dette à l'égard du ministère de la Défense. L'un des objectifs du programme 2011-2020 était aussi de moderniser la base industrielle et technologique de défense russe à travers les commandes d'Etat. Il semblerait bien que cet objectif n'ait été que partiellement atteint en ce qui concerne les constructions navales de surface. Le prochain plan y parviendra t'il ? Pas sûr.

Sources : Flotprom, Kommersant, Vedomosti, Sudostroenie... 

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