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La Russie autorise deux navires iraniens à emprunter ses voies navigables domestiques

26 Septembre 2017 , Rédigé par Khan Publié dans #Russie-Iran, #Flotte de la Mer Noire, #Fleuves et canaux

 La Russie autorise deux navires iraniens à emprunter ses voies navigables domestiques

Le 20 septembre dernier, la Russie a autorisé deux navires de transport de fret battant pavillon iranien - le Arkanoor 2 et le Arkanoor 3 -  à utiliser ses voies d'eau intérieures afin de rejoindre la mer Caspienne depuis la mer d'Azov. Ces bâtiments se trouvent aujourd'hui en mer de Marmara et font donc route vers la mer Noire afin d'utiliser le trajet mer d'Azov - Rostov-sur-le-Don - canal Volga-Don - Volga - Astrakhan, et enfin, la mer Caspienne. Parallèlement, deux navires de transports azerbaïdjanais se voyaient octroyer la même autorisation, mais dans le sens inverse : depuis la mer Caspienne, jusqu'au bassin azovien, avec un droit pour revenir par la suite. Trois jours plus tard, ce sont deux remorqueurs kazakhstanais qui recevait le feu vert pour transiter depuis Saint-Pétersbourg jusqu'à Astrakhan via les fleuves et canaux russes.

Le système des voies navigables domestiques russes totalise aujourd'hui un réseau de 101 700 km, dont 35 000 km avec un tirant d'air et un tirant d'eau garantis, et 16 000 km de voies artificielles. Toutefois, au plan du fret, il n'assure que 1,15% du volume de marchandises transportées en Russie, tous moyens confondus. Son usage a de fait considérablement chuté depuis la fin de l'URSS, puisque si en 1989, ce sont 580 millions de tonnes de marchandises qui empruntaient les voies navigables intérieures, en 2015, on n'en comptait plus que 120,6 millions. Certes, la navigabilité du réseau est sujette à des contraintes : la législation soviétique appelait à garantir un tirant d'eau d'au moins 4 mètres, ce qui n'est pas le cas partout - loin s'en faut -, y compris sur certain tronçon du Don (en fonction des vents et des lâchers d'eau qui ont lieu). En outre, en hiver, la navigation est interrompue par le gel sur nombre de voies navigables.

Il n'en demeure pas moins que la Russie entend tirer parti de la manne que peut lui offrir la navigation de navires étrangers sur son réseau fluvial et de canaux. Selon certaines estimations, le transit de fret par ce moyen de transport pourrait rapporter jusqu'à $1,5 milliard par an. Des fonds bienvenus pour aider à l'entretien et à l'amélioration du réseau. En outre, dans le contexte des projets chinois de corridor eurasiatique à direction de l'Europe, Moscou rappelle que son territoire regorge de possibilités de transports. Au-delà du fait que l'Azerbaïdjan, l'Iran et le Kazakhstan sont tous riverains de la mer Caspienne, le transit de navires iraniens intervient dans un contexte géopolitique particulier.

L'Iran : de la Méditerranée à la Caspienne, via la Volga

Il s'agit de la première autorisation du genre que délivre la Russie pour des navires battant pavillon iranien. D'une manière générale, les bâtiments arborant un pavillon étranger avaient, jusqu'au début des années 2010, les plus grandes difficultés à emprunter les voies d'eau intérieures russes. En 2012, la législation russe évolue, afin d'ouvrir un peu plus à la navigation internationale les fleuves et les canaux de la Fédération de Russie.

Alors qu'Israël redoute de voir s'accroître la présence iranienne à ses frontières, y compris dans les eaux du Levant, l'ouverture d'une route navigable entre les ports iraniens de la mer Caspienne vers la Méditerranée via le territoire russe, si elle se matérialisait, pourrait justifier, du point de vue de Téhéran, d'entretenir une présence navale dans le bassin oriental de la Méditerranée. Ces navires de guerre devraient alors nécessairement s'appuyer sur les ports syriens pour leur soutien logistique. Autant dire que cela ne ferait pas les affaires de Tel-Aviv. 

Au plan commercial, Russes, Azerbaïdjanais et Iraniens se sont récemment entendus sur la création d'un corridor commercial Nord-Sud fait de voies ferrées et de routes. Le transport de fret sur les voies navigables intérieures russes vient conforter ce projet, en y ajoutant un volet fluvial. Il s'agit d'un signal politique envoyé en outre par Moscou à Téhéran - deux puissances eurasiatiques - indiquant que leur coopération économique peut s'appuyer sur des routes disposant jusque là d'un accès restreint, jalousement contrôlé par la Russie.

Les enjeux de ce transit vont toutefois au-delà des aspects économiques. En cas de blocus des ports iraniens par une flotte adverse, l'interface caspienne offre en effet à Téhéran une profondeur stratégique non négligeable ainsi qu'une ligne d'approvisionnement via la Russie. En cette période de tensions avec les États-Unis, qui questionnent notamment la pertinence de l'accord sur le nucléaire iranien, le signal a été certainement bien reçu à Téhéran. En temps normal, la route par les canaux et fleuves russes offrent par ailleurs aux navires iraniens un trajet sûr et à l'abri des "regards indiscrets", par rapport à celui qui passe au large des côtes israéliennes puis par la mer Rouge via le canal de Suez...

Les voies navigables domestiques russes pourraient offrir de nouvelles perspectives à la relation irano-russe. Contraintes par des limites en terme de navigabilité, il n'en demeure pas moins qu'elles pourraient servir un partenariat auquel les deux pays souhaitent apporter un nouvel essor.

MàJ 4 octobre 2017 :

Dans le contexte de la recherche d'une solution politique à la crise syrienne, il est possible que cette autorisation accordée aux navires iraniens vise aussi à assouplir la position de Téhéran. L'Iran souhaite coûte que coûte sécuriser un corridor terrestre qui relie son territoire au Levant, ce qui explique sa posture jusqu’au-boutiste et sa préférence pour l'option militaire en Syrie. En laissant entendre à Téhéran que la Russie constitue aussi un corridor maritime entre les ports iraniens et syriens, Moscou escompte modérer les ardeurs de la République islamique, notamment dans l'est de la Syrie. Par la même occasion, la Russie pourrait aussi acquérir un levier sur l'Iran. Il convient toutefois de noter que, tant que l'espace aérien irakien est accessible aux appareils iraniens, la voie des airs reste la plus rapide et la plus sûre.

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