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Une nouvelle base navale pour la flottille de la Caspienne

2 Octobre 2017 , Rédigé par Khan Publié dans #Flottille de la Caspienne, #Bases navales, #Projet 21631, #Projet 11661

Une nouvelle base navale pour la flottille de la Caspienne

Le flanc méridional russe continue de concentrer toute l'attention de l’État-major. Alors que le plan de modernisation de la flotte de la mer Noire suit son cours, c'est la flottille de la Caspienne qui devrait prochainement bénéficier de nouvelles largesses. Une nouvelle base navale doit en effet être construite d'ici à 2020 à Kaspiïsk, au sud de Makhatchkala.

Rapporté au nombre d'unités qui la composent, la flottille de la Caspienne est la plus jeune des cinq formations navales russes. Son processus de modernisation a commencé avant celui de la flotte de la mer Noire, au cours des années 2000. Elle reçoit alors une frégate lance-missile, la frégate Tatarstan (Projet 11661K), en 2003, en pleine période de vache maigre pour les forces armées russes. Une seconde unité du même projet, la frégate Daghestan (photo ci-dessus), est admise au service actif fin 2012, alors que le plan d'armement 2011-2020 n'en est qu'à ses débuts. Au cours de la décennie 2000, trois petits navires d'attaque - l'Astrakhan, le Kaspiïsk et le Makhatchkala (Projet 21630) - sont mis sur cale par Almaz (St Pétersbourg) et versés à la marine entre 2006 et 2012. En 2013, la flottille reçoit les deux premières corvettes lance-missiles du Projet 21631 : le Grad Sviyazhsk et le Uglich, tandis qu'une troisième, le Velikiy Ustyug, est admise au service actif fin 2014. Ce sont ces derniers bâtiments qui, avec la frégate Daghestan, ont réalisé les premières frappes de missiles de croisière Kalibr contre des cibles en Syrie le 7 octobre 2015, à partir du bassin de la mer Caspienne. Et ce sont justement pour eux que la marine souhaite construire une nouvelle base navale.

En finir avec le provisoire ?

La nouvelle base doit abriter la composante navale de la flottille de la Caspienne qui est équipée de missile Kalibr. Autrement dit, à ce jour, seules la frégate Daghestan (le Tatarstan n'est pas équipé en Kalibr) et les corvettes lance-missiles du Projet 21631 sont concernées par le futur redéploiement. Actuellement basées à Makhatchkala au sein de la 106e brigade des bâtiments de surface, leur migration ne devrait pas poser de problème logistique, Kaspiïsk étant situé une quinzaine de kilomètres au sud de la capitale daghestanaise. L'autre partie de la flottille - les petits navires d'attaque - est basée à Astrakhan. Toutefois, les infrastructures de Makhatchkala sont limitées, les frégates et corvettes étant amarrées au sein d'un espace étriqué, à proximité d'un terminal pétrolier, d'un port de pêche...et des plages. Cette situation précaire s'explique par le fait que jusqu'à 1991, le QG de la flottille de la Caspienne était Bakou.

Il est donc question de construire non seulement de nouvelles infrastructures d'accueil pour les navires, mais aussi des entrepôts pour stocker les Kalibr, un hôpital, des casernements pour le personnel de la base... La première phase du chantier aurait déjà débuté et durera jusqu'à 2019 : il s'agit de construire les quais pour les navires, ainsi que les dispositifs nécessaires à la protection des zones d'amarrage. La période annoncée pour la fin des travaux est 2020, ce qui paraît optimiste si l'on considère, par exemple, le chantier de la nouvelle base navale de Novorossiïsk (supérieur à 10 ans). Il convient toutefois de souligner que Kaspiïsk dispose déjà d'infrastructures élémentaires (un mole, deux quais flottants, un radeau pour Ekranoplan et des pods pour hélicoptères...) et que la voilure de la flottille de la Caspienne n'est pas celle de la flotte de la mer Noire.

Une flottille qui regarde vers le Moyen-Orient et l'Asie centrale

Cette décision apporte quelques indications sur les possibles orientations du volet caspien du prochain plan d'armement (2018-2025). La décision de construire une nouvelle base, ou tout du moins, de refitter des infrastructures existantes et de les agrandir, accrédite la thèse de nouvelles commandes d'unités pour la flottille de la Caspienne. Cette formation pourrait ainsi recevoir dans le cadre du plan 2018-2025 de nouvelles corvettes du Projet 21631 ou des petits navires lance-missiles du Projet 22800. Tout comme en mer Noire, ces navires ont vocation à mettre en œuvre des opérations d'interdiction de zone et en plus, ils pourraient être amener à protéger les infrastructures énergétiques. Les défis sécuritaires dont recèle l'espace maritime caspien sont toutefois différents de ceux de la mer Noire et les adversaires navals potentiels de la Russie dans cette région présentent à ce jour une dangerosité secondaire.

En l'absence de l'émergence d'une flotte concurrente sérieuse en mer Caspienne, ce redéploiement concerne donc avant tout des théâtres éloignés sur lesquelles les capacités de frappes de la flottille de la Caspienne pourraient être sollicités : l'Asie centrale (par exemple l'Afghanistan, avec autorisation de survol de son espace par l'Iran) et le Moyen-Orient. Comme se plaisent à le décrire les commentateurs russes, la mer Caspienne a vocation à devenir un "bassin à missiles", une plateforme de tir pour des missiles de croisière, qui permet de projeter la puissance à partir de navires bien abrités par la masse continentale eurasiatique. Cette mission de la flottille, centrée autour de l'emploi du missile, se retrouve en flotte de la mer Noire. Le canal Volga-Don, qui relie les théâtres maritimes caspien et pontique, augmente d'ailleurs, si le besoin s'en fait ressentir, l'ubiquité des unités qui y sont déployées. Cette agilité constitue un atout pour la marine russe et tend à "fusionner" les deux théâtres dont la fonction reste, fondamentalement, de verrouiller le flanc méridional russe, quitte à projeter la ligne de défense jusqu'au Moyen-Orient. 

 

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