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Les troupes des abysses

13 Avril 2018 , Rédigé par Khan Publié dans #Sous-marins, #Flotte du Nord, #GUGI

Les troupes des abysses

L'Arctique reste une zone prioritaire pour la Russie qui entend se donner les moyens d'y protéger ce qu'elle considère comme ses intérêts. Si la question de la navigation à travers la Route du Nord ou l'augmentation de l'activité des marines otaniennes dans zone polaire sont souvent mises en avant par Moscou, la partie se joue aussi - et surtout - dans les abysses.

 

C'est la Direction principale des plongées et études en eaux profondes du ministère russe de la Défense (Главное управление глубоководных исследований Министерства обороны Российской Федерации) - GUGI pour l'acronyme - qui est en charge de mener des opérations par grande profondeur. Il dispose de moyens en surface, comme le navire d'étude océanographique Yantar, qui peut lui être affecté en fonction de telle ou telle mission. Structure éminemment discrète et secrète, le GUGI dispose aussi de capacités sous-marines, celles de la 29e Brigade autonome des sous-marins de la flotte du Nord, basée à Olenaya Guba. Créée en 1979, cette formation dispose aujourd'hui de moins d'une dizaine de submersibles issus de différents projets :

- Stations nucléaires de plongée profonde - ou AGS (pour Атомные глубоководные станции) - du Projet 1910 Kashalot : AS-13, AS-15 et AS-33

- AGS du Projet 1851 X-Ray : AS-21, AS-23 et AS-35. Il s'agit de mini-submersibles.

- Sous-marin nucléaire du Projet 10831 AS-12 Losharik mis en œuvre par le KS-129 Orenbourg, qui fait office de "vaisseau mère".

- Sous-marin nucléaire KS-129 Orenbourg du Projet 09786 (ex-SNLE K-129 Orenbourg du Projet 667BDR, modifié).

A cela s'ajoute le sous-marin nucléaire du Projet 09787 BS-64 Podmoskovie (ex-SNLE du Projet 667BDRM modifié), qui devrait sous peu rejoindre cette brigade.

Et justement...

De la brigade à la division

Au mois de janvier dernier, l’État-major de la marine a pris la décision de réformer cette brigade et de la faire passer au rang de division. Cette décision peut-être liée à l'admission au service actif du BS-64, dont il était prévu qu'il rejoigne la formation en 2016. Par ailleurs, un autre sous-marin nucléaire, le K-329 Belgorod (voir image ci-dessous) du Projet 09852, doit être versé à la désormais 29e Division des sous-marins de la flotte du Nord en 2018 ou en 2019.

Les troupes des abysses

Issu de la modification d'un SSGN du Projet 949, le K-329 pourrait emporter et mettre en œuvre un AGS du Projet 1851. L'arrivée de ces deux "nouvelles" unités devrait sonner le glas pour le KS-129.

Il est prévu que les unités de la 29e division remplissent aussi bien des missions civiles,  comme l'exploration du plateau continental russe ou de celui revendiqué par la Russie dans les eaux polaires, que des missions de nature militaire. Mis en œuvre par le sous-marin Orenbourg, l'AS-12 avait ainsi participé en 2012 à la mission "Arktika 2012", passant près de 20 jours par grande profondeur, et ramené à la surface environ 500 kg de sédiments prélevés dans les fonds marins. La Russie s'était appuyée sur ces échantillons pour justifier ses revendications sur une partie du plateau continental polaire.

La plupart des ces unités peuvent opérer par des profondeurs allant jusqu'à 1 000 mètres. De par la configuration inhabituelle de son habitacle - une succession de compartiments sphériques sous la coque - le Losharik pourrait opérer quant à lui jusqu'à 6 000 mètres de profondeur.

 

Ce probable accroissement des capacités sous-marines russes par grande profondeur appelle quelques remarques :

- même s'il a été beaucoup question de la mer Noire et de la Méditerranée ces dernières années, l'Arctique reste un théâtre maritime prioritaire pour la Russie

- il confirme une forte volonté politique de conserver l'avantage absolu sur les autres concurrents potentiels de la Russie en matière de capacités de plongée par grande profondeur au sein du théâtre arctique, même si ces admissions au service actif s'inscrive dans le cadre du programme d'armement 2011-2020

- au-delà de la zone Arctique, ces submersibles sont susceptibles de mener des opérations dans des eaux moins glacées, plus proches de l'Europe. L'accroissement, ou tout du moins, le renouvellement capacitaire en la matière, pourrait se traduire par une activité plus soutenue.

- reste à voir si dans le cadre du programme 2018-2027 - dont le budget ne fait pas la part belle à la marine - la modernisation et le renouvellement de ces capacités sont prévus. Pour rappel, Sevmash (Severodvinsk) construit un sous-marin nucléaire, le Khabarovsk, mis sur cale en 2014 et qui est entouré d'un secret quasi absolu. Ce submersible pourrait être prévu pour des missions par grande profondeur, et être conçu comme un "vaisseau porteur", en vue de son affectation dans la 29e Division autonome des sous-marins de la flotte du Nord.

- enfin, toujours rien de tel dans la flotte du Pacifique, dont la zone est pourtant déclarée prioritaire par Moscou dans le contexte de son "pivot asiatique" russe... L'enjeu des abysses ne revêt certes pas la même dimension dans le Nord qu'en Asie-Pacifique.

Sources : Izvestia, Soumarsov, veille de l'auteur...

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