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La flotte de la mer Noire va t'elle perdre son navire amiral ?

6 Juillet 2018 , Rédigé par Khan Publié dans #Flotte de la Mer Noire, #Projet 1164

Le croiseur Moskva à quai à Sébastopol, juin 2018. Source : forum.airbase.ru

Le croiseur Moskva à quai à Sébastopol, juin 2018. Source : forum.airbase.ru

Le croiseur lance-missiles Moskva, navire amiral de la flotte de la mer Noire, pourrait ne pas être modernisé. Le commandement de la flotte doit prochainement trancher sur le sort du bâtiment.

 

Le premier des Atlant (Projet 1164) a été admis au service il y a 35 ans. Construit à Nikolaiev entre 1976 et 1982, le Moskva - ex-Slava - a pris part fin 2015 aux opérations au large de la Syrie. Il faisait alors office de navire amiral pour l'escadre méditerranéenne de la Russie et contribuait principalement à augmenter l’efficacité du verrouillage de zone mis en œuvre par les forces russes au large des côtes syriennes. Le croiseur mouille actuellement à Sébastopol (photo ci-dessus), en attendant qu'une décision soit prise concernant son sort. Jusqu'à un temps récent, le débat au sein de la marine portait sur le chantier où la modernisation du navire devait intervenir, ainsi que sur le degré de priorité à accorder à cette opération, par rapport à la modernisation d'autres plateformes hauturières ex-soviétiques. Désormais, il semble que la nécessité même de procéder à la remise à niveau du Moskva soit remise en question.

Il était en effet prévu que le Moskva subisse un cycle de modernisation en profondeur, à la manière de celui dont est sorti fin 2016 son sistership, le croiseur Amiral Oustinov, après 5 années passées dans les cales de Zvezdotchka (Severodvinsk). Le Maréchal Oustinov se trouve aujourd'hui rattaché à la flotte du Nord. La marine a longtemps hésité entre confier la modernisation du Moskva à Zvezdotchka ou à l'Usine navale de Sébastopol (SevMorZavod - filiale de Zvezdotchka). Il semblerait que, compte-tenu du plan de charge à Severodvinsk et de la nécessité de soutenir économiquement le chantier sébastopolitain, la seconde option ait été retenue. OSK, le consortium russe des constructions navales, semblent en tout cas ne pas douter des capacités de SevMorZavod de mener à bien un chantier aussi complexe, comme l'a indiqué récemment Alexeï Rakhmanov, le président d'OSK.

Toutefois, au sein de la marine, deux opinions sont en concurrence sur ce sujet. Il y a d'abord ceux qui estiment qu'il faut entreprendre de moderniser le croiseur Moskva, coûte que coûte, afin que la flotte de la mer Noire conserve des capacités hauturières, même minimales. Ce point de vue est notamment celui de l'ancien commandant en chef de la flotte de la mer Noire, l'amiral Alexandre Vitko, qui a été formellement remplacé par le vice-Amiral Moiïseiev fin juin. D'autres estiment en revanche que, une fois sorti de son cycle de modernisation en 2023, le croiseur aura 40 ans et sera...dépassé, même avec les travaux envisagés (propulsions, systèmes électroniques, armements...). Les tenants de cette option souhaitent privilégier la modernisation d'un autre Atlant, le Variag, navire amiral de la flotte du Pacifique, 7 ans plus jeune que le Moskva. Il est en effet prévu que le Variag rentre en cycle de modernisation, aussi en 2018, au chantier DalZavod (Vladivostok) ou à Zvezdotchka... Si le Moskva venait à être rayer des listes, le nouveau navire amiral de la flotte de la mer Noire pourrait être la frégate Amiral Grigorovitch.

Ces hésitations peuvent s'expliquer par le changement de commandement à la tête de flotte de la mer Noire intervenu entre mai et juin dernier. Plutôt que de moderniser une plateforme ex-soviétique - avec les nombreuses incertitudes qui pèsent sur le budget et les délais -, le nouveau commandant pourrait choisir de "sacrifier" le Moskva en échange de la commande ferme de nouvelles plateformes modernes. Les financements prévus pour le Moskva pourraient ainsi être redirigés vers l’acquisition de plusieurs navires de tonnage bien plus modestes (petits navires lance-missiles du Projet 21631, patrouilleurs du Projet 22160 ou petits navires lance-missiles du Projet 22800, par exemple) et qui, a priori, seraient construits sous 5 années, voire plus vite (3 années pour les dernières unités du Projet 21631, a priori 4 ans pour l'unité tête de série du Projet 22160 et 3 ans pour le Projet 22800). Avec ce calcul, le choix de la quantité et de la qualité serait fait au détriment de la navigabilité en haute-mer. Toutefois, ces dernières années, l'activité du Moskva s'est principalement concentrée autour du bassin pontique et de la Méditerranée orientale...

Si la flotte de la mer Noire renonce au Moskva, on ne peut écarter l'hypothèse que la marine fasse malgré tout le choix de le moderniser, mais au profit d'une autre formation... L'arbitrage se fera alors en fonction des fonds disponibles. Après tout, la Russie a entrepris de remettre en état de marche des navires bien plus imposants - le croiseur nucléaire Amiral Nakhimov par exemple - avec des dérapages financiers et des calendriers allégrement dépassés.

 

En conclusion, ce débat dépasse le cas du Moskva et est symptomatique d'une formation, la flotte de la mer Noire, qui a déjà entamé sa mutation en une "mosquito fleet". Cette tendance, évoquée entre les lignes de la Doctrine navale 2017, est clairement envisagée dans le projet de "Stratégie de développement des constructions navales russes jusqu'en 2035". Le Moskva pourrait bien être la première victime de cette évolution structurelle de la marine russe.

 

MàJ du 19 octobre 2018 :

Les travaux sur le croiseur dureront entre 6 et 8 mois. Il s'agirait plus d'un entretien plus que d'une modernisation du navire, faute d'argent. A ce stade, il n'est pas exclu qu'ils soient réalisés à Zvezdotchka et plus à Sébastopol. Le croiseur serait de retour en ligne en 2019-2020.

MàJ du 19/07/2018 : selon des sources industrielles, il ne serait pas question de désarmer le croiseur. Les fonds disponibles sont tout juste suffisants pour assurer un entretien élémentaire du Moskva, mais pas sa modernisation. D'ailleurs, aucun projet de modernisation du navire n'a été élaboré à ce jour au niveau industriel.

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