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Concentration de navires russes en Méditerranée orientale

28 Août 2018 , Rédigé par Khan Publié dans #Flotte de la Mer Noire, #Flotte du Nord, #Flottille de la Caspienne, #Russie-Syrie, #Méditerranée, #Escadre méditerranéenne

Source : Izvestia

Source : Izvestia

Le groupe de frappe russe a pris ses quartiers au large de la Syrie. Cette fois, pas de porte-avions fumant, mais une concentration de bâtiments parmi les plus récents admis au service actif dans la marine russe. Et pour la plupart, ces unités sont capables de mettre en œuvre des tirs de missiles de croisière Kalibr.

La presse russe est en émoi. Elle relaie les bruits insistants selon lesquels une "nouvelle provocation à l'arme chimique" instiguée par les États-Unis et la Grande-Bretagne serait en préparation, et concernerait cette fois une bourgade de la région d'Idlib, dernière province tenue par les djihadistes en Syrie. Une fois l'attaque réalisée, et l'opinion occidentale choquée, une nouvelle vague de frappes punitives serait déclenchée, à la manière de celles menées par les Français, les Britanniques et les Américains en avril dernier. Voilà pour la trame. Afin de prévenir un tel scénario, la Russie aurait dépêché au Levant le plus puissant groupe de frappe jamais déployé par la marine russe depuis le début de la crise syrienne. Qu'en est-il dans les faits ?

Croise actuellement au large de la Syrie un groupe de 11 bâtiments, dont :

- le navire lance-missile Maréchal Oustinov (Projet 1164, flotte du Nord), qui arrive de la mer Baltique, et de Cronstadt, où il a pris part fin juillet à la Fête de la Flotte. Après avoir passé près de 7 années en réparation/modernisation à Zvezdotchka (Severodvinsk), il aurait reçu des missiles anti-navires P-1000 Vulkan, dont un reportage récemment diffusé sur la chaîne Perviy Kanal ventait la portée de "1000 km"...

- le grand-navire de lutte ASM Severomorsk (Projet 1155, flotte du Nord). Ce navire accompagne le Maréchal Oustinov. On peut aussi supposer que ce groupe est escorté par un SSGN (Projet 949A par exemple, comme le K-266 Orel qui a aussi participé à la Fête de la Flotte au large de Cronstadt).

- l'escorteur Pytliviy (Projet 1135M, flotte de la mer Noire)

- les frégates Amiral Grigorovicth, Amiral Essen, Amiral Makarov (Projet 11356M, flotte de la mer Noire), cette dernière opérant du même coup son ralliement vers la mer Noire, depuis la Baltique, qu'elle a quitté le 18 août. Ces navires sont équipés de missiles Kalibr.

- les petits navires lance-missiles Velikiy Ustiug, Grad Sviazhsk (Projet 21631, flottille de la Caspienne) et Vichniy Volochek (Projet 21631, flotte de la mer Noire), cette dernière ayant été versée à la flotte le 1er juin dernier. Ces navires sont équipés de missiles Kalibr.

- les sous-marins d'attaque classiques B-268 Velikiy Novgorod et B-271 Kolpino (Projet 0636.3, flotte de la mer Noire), qui sont en train de battre un record de longévité pour leur mission de combat en Méditerranée. Ces unités sont équipées de missiles Kalibr.

 

Que peut-on dire de la composition de ce groupe que complète un ravitailleur, le Ivan Bubnov (flotte de la mer Noire) ?

- trois formations navales sont concernées : la flotte du Nord, la flotte de la mer Noire et la flottille de la Caspienne,

- avec 11 bâtiments de combat, le nombre de navires composant ce groupe se situe dans une moyenne haute, dans la mesure où, en général, ce chiffre tourne plutôt autour de 5 à 6, plus des bâtiments de soutien,

- sur les 11 unités, 8 sont capables de tirer des missiles Kalibr, ce qui confère à ce groupe une capacité de frappe puissante,

- sur les 11 unités, 8 ont été admises au service actif au cours des 24 derniers mois,

- en cas de frappes, il s'agira du "baptême du feu" pour le petit navire lance-missile Vichniy Volochek, et de la première mission opérationnelle en Méditerranée pour ses sisterships arrivées de la Caspienne.

 

Quel est l'objectif de ce déploiement ?

Les médias russes mettent en avant la volonté de dissuader les États-Unis de réaliser de nouvelles frappes contre le régime de Damas. Pourtant, si cela devait arriver, on peut supposer que cela se déroulerait "en bonne intelligence" avec les Russes, comme en avril.

La mission de dissuasion conventionnelle assurée par les navires est crédibilisée par la concentration de navires porteurs de missiles Kalibr. Cette pluie de feu potentielle exerce bien une pression, mais pas tant sur les États-Unis que sur la Turquie. Il n'est pas étonnant de constater que ce rassemblement de navires russes au Levant intervient alors que Russes et Turcs sont engagés dans d'âpres négociations au sujet du sort d'Idlib, techniquement sous "protectorat" turc, et alors qu'un sommet tripartite Russie-Turquie-Iran doit prochainement se tenir. Ankara s'est engagé depuis des mois à faire le tri entre les "bons et les mauvais terroristes" à Idlib. Toutefois, force et de constater que la Turquie a le plus grand mal à remplir ses engagements contractés dans le cadre du groupe d'Astana, et notamment celui de débarrasser la région d'al-Qaeda, qui tient la plus grande partie du territoire de la région d'Idlib. La Russie met donc en œuvre une diplomatie de la canonnière en faisant peser une menace avec son groupe de frappe, et renforce sa posture de négociation. Rappelons que c'est dans la région d'Idlib que sont déplacés depuis des mois les différents membres des groupes rebelles et/ou terroristes qui ont négocié avec le régime via la Russie leur sauf-conduit depuis les ex-enclaves qu'ils pouvaient tenir ailleurs en Syrie.

A moyen terme, il ne faut pas écarter la possibilité que le Maréchal Oustinov "parade" en mer Noire où son sistership, le Moskva, est à quai à Sébastopol, en attente de réparation. Y prendra-t'il sa place en tant que navire-amiral de la flotte de la mer Noire ? Enfin, remarquons que la marine russe réalise cette démonstration de force alors même que depuis plusieurs mois, les tensions montent avec les Ukrainiens en mer d'Azov. La nécessité d'occuper le terrain sur les deux fronts - Azov et Levant - a conduit la Russie à dégarnir la mer Caspienne en basculant des unités vers le bassin méditerranéen (petits navires lance-missiles) et celui d'Azov (canonnières arrivées cet été pour protéger le pont de Kertch). A ce titre, la normalisation du statut de la mer Caspienne est un bon signe et accorde d'autant plus de fluidité au mouvement de navires entre les deux espaces maritimes qui relèvent, faut-il le rappeler, du même commandement.

MàJ 30.08.2018 :

Le ministère russe de la Défense annonce des exercices militaires d'ampleur en Méditerranée orientale, entre le 1er et le 8 septembre prochain, qui impliqueront la marine et l'aviation. Devraient y prendre part 25 navires et 30 avions (Tu-160, Tu-142MK, Su-30SM, Su-33). Cette période pourrait correspondre peu ou prou au lancement d'une hypothétique offensive sur Idlib.

La démonstration de force se poursuit donc, la Russie recherchant aussi, à travers cette annonce à créer un effet psychologique sur les Turcs, comme nous l'avons dit, mais aussi sur les groupes terroristes/rebelles à Idlib :

- aux Turcs : la Russie et les forces loyalistes réaliseront cette opération, avec vous ou sans vous,

- aux terroristes / rebelles : voyez ce qui vous attend, mieux vaut se rendre ou négocier une reddition.

La région d'Idlib étant particulièrement escarpée et vallonnée, les affrontements représenteront une autre paire de manches que dans le Sud désertique et relativement plat.

 

 

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