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"Grom-2019" : le plus important exercice stratégique russe

25 Novembre 2019 , Rédigé par Igor Delanoë Publié dans #Manoeuvres et exercices, #Flotte du Pacifique, #Sous-marins

"Grom-2019" : le plus important exercice stratégique russe

Les 15 et 16 octobre derniers, les forces russes réalisaient le plus important exercice stratégique de la période post-soviétique : "Grom-2019". Tout comme pour les exercices "Bouclier océanique-2019" et "Tsentr-2019", la marine de guerre a été sollicitée. Que retenir de ce test 2019 de la triade nucléaire russe ?

 

Chaque année, les forces russes se livrent à l'automne à un exercice mobilisant les trois composantes du feu nucléaire : l'aviation stratégique, les troupes de missiles stratégiques et la marine. Néanmoins, par leur ampleur, les manœuvres de l'exercice "Grom" ("Tonnerre" en russe) surpassent toutes les éditions précédentes. Près de 12 000 hommes ont été mobilisés, tandis que 4 missiles balistiques intercontinentaux et 16 missiles de croisière auront été tirés. 105 plateformes aériennes, incluant 5 bombardiers stratégiques et 213 lanceurs (fixes ou mobiles) ont été impliqués. Du côté de la marine, ce sont 5 sous-marins nucléaires et 15 unités de surface qui ont été mobilisés. 

Cette année, cette vérification de l'état de fonctionnement du feu nucléaire intervient sur fond de dégradation du régime de contrôle des armements suite au retrait américain du traité INF, et alors que les perspectives portant sur la prolongation du traité New START après 2021 sont plus incertaines que jamais. Le traité "Ciel ouvert" se trouverait lui aussi sous pression.

Pour la composante océanique, c'est le SNLE K-44 Riazan (Projet 667BDR) qui s'est livré à un tir de 2 missiles Sineva depuis le Pacifique. Comme le font remarquer certains experts russes, le volet naval de "Grom-2019" soulève quelques questions. Ainsi, la plateforme mobilisée dans le flotte du Pacifique - le K-44 - est la plus vieille des forces stratégiques basées dans le Pacifique. Elle sera désarmée sous peu. Les 2 nouveaux SNLE de type Boreï - le K-550 Alexandre Nevski et le K-551 Vladimir Monomakh - n'ont pas été mis à contribution pour des tirs de missiles Boulava. Depuis leur admission au service actif et leur entrée dans le cycle opérationnel de la flotte du Pacifique - respectivement à l'automne 2015 et en septembre 2016 -, ils n'auront à ce jour pas tiré un seul missile Boulava depuis les eaux du Pacifique. Ils ont en revanche mis en œuvre ce missile lors de la phase de qualification précédent leur ASA, depuis les eaux de la mer Blanche. Cette interrogation sur l'absence de tirs de Boulava a été soulevée à maintes reprises sur notre blog. Une explication mise en avant dernièrement dans la presse russe serait que le polygone de Tchija (région d'Arkhangelsk) censé servir de cible à ces tirs ne serait à ce jour toujours pas équipé des instruments de télémétrie adéquats. De même, les infrastructures destinées au stockage des missiles et au service des nouveaux SNLE ne seraient pas terminées sur la base de Petropavlovsk-Kamtchatskiy.

Tirés depuis la mer d'Okhotsk, les 2 missiles Sineva ont atteint le polygone de Tchija, ce qui au passage, a permis de tester en conditions réelles 2 nouveaux radars d'alerte avancée : celui de type Voronezh-DM situé près de Oust-Kem, et le Voronezh-CM établi dans la région de la Vorkuta.

On remarque par ailleurs que la marine met en œuvre un nombre croissant de tirs de missile de croisière qui viennent panacher les tirs de missiles balistiques intercontinentaux. Aux tirs de Kalibr mis en œuvre par des plateformes de surface ou des submersibles font écho les tirs de missiles de croisière Kh-101 et Kh-102 réalisés par les forces aériennes. Ces missiles peuvent être équipés de charges classiques comme d'une charge nucléaire tactique. Les uns comme les autres participent à la mission de dissuasion conventionnelle remplie par les forces russes et mise en exergue par la doctrine militaire de 2014.

Cette tendance devrait s'accentuer avec la mise en service au sein de la marine russe de plateformes de léger et moyen tonnage (petits navires lance-missiles, patrouilleurs, corvettes et frégates) emportant des missiles Kalibr, ainsi qu'avec la modernisation des plateformes ex-soviétiques (SSN, SSGN, croiseurs lance-missiles) qui comprend une dotation en capacité de missiles de croisière (aujourd'hui Kalibr, demain le missile hypersonique Tsirkhon). Ce type d'armement peut, à l'inverse des missiles stratégiques, être le cas échéant utilisé dans un conflit local.

MàJ 04.12.2019 : le K-44 n'a pas pu tirer son second missile et est rentré à son port base avec le missile à bord. Par ailleurs, le K-560 a tiré un missile Kalibr en immersion contre une cible à terre depuis la mer de Barents. Il s'agit de la première utilisation du Kalibr dans ce type d'exercice.

Сrédit illustration : MinDef russe.

 

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