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Naval : la France marque des points en mer Noire

23 Juillet 2020 , Rédigé par Igor Delanoë Publié dans #Russie-France, #Mer Noire

Espace de confrontation entre la Russie et la communauté euro-atlantique, la mer Noire reste aussi un marché pour les industriels européens de la défense qui entendent y proposer des solutions à l'insécurité qu'inspire la politique de Moscou aux pays pontiques. Bien que disposant de budgets de défense très modestes et en tout cas nettement inférieurs à celui de la Russie, certains des États riverains de la mer Noire cherchent néanmoins à se doter de capacités leur permettant d'exercer leur souveraineté dans leur espace maritime. La France a su ces dernières années se frayer un chemin vers le marché du naval en mer Noire, au voisinage direct de la Russie, sur fond de tensions avec Moscou en Afrique centrale.

 

Le 22 juillet dernier, le chantier OCEA, basé aux Sables-d'Olonne, signait un contrat avec le ministère ukrainien de l'Intérieur portant sur l'achat par Kiev de 20 patrouilleurs FPB 98 Mk I. Cinq des 20 patrouilleurs seront construits à Nikolaïev, au chantier Nibulon, tandis que les 15 restants le seront en France. A cette occasion, la JV "OCEA-Nibulon" a été créée. Lors de la cérémonie de signature du contrat, une première unité a été mise sur cale. L'Ukraine paiera directement 15% des €136 millions du contrat, le restant étant emprunté auprès banques françaises, avec une garantie apportée par l’État français. Ce contrat intervient alors que les interrogations se multiplient en France sur la place que tient l'industrie de la défense au sein du plan de relance gouvernemental (sans parler du plan de relance européen...). Ce contrat fait suite à celui remporté par Naval Group en Roumanie l'an dernier. L'industriel a placé en juillet 2019 quatre corvettes Gowind pour €1,2 milliard.

Récapitulatif des contrats navals français récents en mer Noire

Industriel Client Partenaire industriel local Matériel Date du contrat Montant € Date de livraison
OCEA

Ukraine

(ministère de l'Intérieur)

Nibulon 20 Patrouilleurs FPB 98 Mk I 22.07.2020 136 millions A partir de 2021
Naval Group

Roumanie

(marine)

SNC 4 corvettes Gowind 03.07.2019 1,2 milliard A partir de 2022

 

La France, forte de son savoir-faire en la matière, marque des points au voisinage de la Russie en fournissant les flottilles de pays qui sont en délicatesse avec Moscou. Si ce matériel n'est pas de nature à renverser l'équilibre des forces largement en faveur de la Russie en mer Noire, il pourrait en revanche contribuer, une fois livré, à rassurer Bucarest et Kiev quant à leur capacité à défendre leur souveraineté dans leurs eaux territoriales et leurs ZEE respectives. L’acquisition de ce matériel pourrait ainsi les conforter dans leur aptitude à protéger leurs intérêts maritimes face à ce qu'ils perçoivent comme une menace existentielle russe, et de ce fait, à apaiser leur sentiment de vulnérabilité (sans le résoudre pour autant).

Il n'en demeure pas moins que la conclusion de ces contrats envoie un signal à Moscou. Leur signature intervient sur fond de désaccords persistants entre la France et la Russie sur le Donbass, et alors que Moscou est parvenue au cours de la seconde moitié des années 2010 à s'implanter dans le paysage sécuritaire d'Afrique centrale. Si la Russie entend jouer des coudes en Afrique en s'insérant dans les structures politico-militaires et de sécurité de pays dont la France estime qu'ils relèvent de sa zone d'influence traditionnelle, les Français en feront donc autant dans le "pré carré" russe, en l’occurrence en mer Noire. Voilà en substance le message véhiculé en creux par ces récents contrats.

La nécessité de plus en plus pressante d'aller débloquer des opportunités à l'export ainsi que la compétition géopolitique catalysent donc la projection des industriels européens de la défense dans l'espace pontique, sur le marché du naval. D'autres éléments ont pu contribuer à désinhiber la France vis-à-vis d'une pénétration de ce marché naval en mer Noire : l'accroissement de la présence russe en Libye et la vente ces dernières années par la Russie à l'Algérie - cliente traditionnelle du complexe militaro-industriel soviétique puis russe - de matériels de plus en plus sensibles (missiles tactiques sol-sol Iskander ; sous-marins classiques équipés de missiles de croisière anti-surface...).

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Wilhelm 29/09/2020 15:57

Cher hôte. J'aimerais savoir où en est le stade de décision politique du fameux porte avions nucléaire projet 23 000 chtorm, et dans une moindre mesure où en est on dans cette période post pendemique des fameux destroyers nucléaire leader. Bien à vous.

Igor Delanoë 02/10/2020 16:50

Bonjour,
Ces deux projets étaient déjà compromis avant le COVID. Au mieux, le programme d'armement 2018-2027 prévoit les financements pour les études amonts avec la mise sur cale du leadship pour le destroyer. Il n'y a pas de cale pour le PA, à moins de construire par bloc ou d'utiliser celle de Zvezda, ce qui va générer des retards pour les méthaniers.
Le COVID a, à mon sens, aggraver la situation.
Cordialement