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L'accord Poutine-Yanoukovitch et la flotte russe de la mer Noire

19 Décembre 2013 , Rédigé par Khan Publié dans #Russie-Ukraine

L'accord russo-ukrainien signé le 17 décembre dernier à Moscou entre Vladimir Poutine et Viktor Yanoukovitch porte non seulement une importante aide économique russe à Kiev, mais également sur la coopération militaro-technique entre les deux pays. Les deux chefs d'Etat se sont notamment mis d'accord pour accélérer les discussions portant sur les modalités du remplacement des unités russes de la flotte de la mer Noire basées en Crimée.

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Les plus importantes unités de la flotte de la mer Noire (croiseur, grands navires de lutte ASM, grands navires de débarquement) sont aujoud'hui stationnées en Crimée, à Sébastopol, qui demeure en outre le quatier général de la flotte russe. Aux termes de l'accord de Kharkov signé en avril 2010 par Dmitri Medvedev et Viktor Yanoukovitch, la Russie dispose des installations militaires criméennes jusqu'en 2042, avec une option pour 5 années supplémentaires.

Si cet accord avait alors permis de normaliser les relations entre Kiev et Moscou mises à mal suite à la révolution orange de 2004, il ne réglait en rien, tout comme le précédent accord russo-ukrainien de 1997, la question de la modernisation de la flotte russe en ne fournissant aucun cadre juridique au remplacement des unités basées en Crimée. Tandis que Kiev défendait le principe du remplacement "type pour type" des navires, Moscou insistait sur son droit à désarmer et remplacer les navires sans contraintes de nombre ni de type. Pour la Russie, qui a entamé un vaste programme de modernisation de ses forces navales, il est essentiel de pouvoir disposer librement des installations navales sébastopolitaines, d'autant plus que la nouvelle base navale de Novorossisk, située sur les côtes russes de la mer Noire, n'est pas encore opérationnelle. Moscou a prévu de mettre en service jusqu'à 18 nouvelles unités en mer Noire d'ici à 2020. Les premiers nouveaux bâtiments devraient arriver en 2014 : le sous-marin classiques B-261 Novorossisk (Projet 0636.3), suivi probablement par le B-237 Rostov-sur-le-Don (même type). Pour les unité de surface, la première des 6 frégates du Projet 11356, l'Amiral Grigorovitch, pourrait également être admise au service actif en mer Noire d'ici la fin 2014.

 

L'accord Poutine-Yanoukovitch et la modernisation de la flotte russe de la mer Noire

 

Il convient de noter que l'accord du 17 décembre, tout en ne réglant pas les modalités du remplacement des unités russes, ouvre la voie au renforcement des positions navales de Moscou en Crimée, et plus largement, en mer Noire.

Le document évoque tous les sujets de litiges russo-ukrainiens autour du stationnement de la flotte russe en Ukraine, sujets qui entravent le développement des relations bilatérales, mais aussi qui gènent l'activité navale russe en Crimée. Les articles II-20 à II-23 prévoient ainsi que, d'ici la fin du premier trimestre 2014, les deux gouvernements signent des accords biltéraux portant sur les taxations et droits de douane qui pèsent sur l'entrée de matériels militaires russes en Crimée, et qu'un inventaire des installations utilisées par l'armée russe soit réalisé. Il est également prévu qu'un accord bilatéral réglementant les allers et venus des navires, avions et personnels militaires russes depuis et vers les installations criméennes soit signé. Sur cette question, hautement sensible, Kiev réclame que lui soit notifié en avance tout mouvement de navires, d'appareils ou de troupe, ce que refuse Moscou. Toutefois, c'est l'article II-24 qui reste surement le plus intéressant puisqu'il prévoit que les deux parties "entament des négociations sur la préparation d'un accord bilatéral portant sur le remplacement des armements et des équipements militaires de la flotte russe de la mer Noire basés sur le territoire ukrainien". Il s'agit là du contentieux le plus important entre Kiev et Moscou en ce qui concerne le déploiement de la flotte russe en Crimée.

Quelques jours avant la signature de l'accord Poutine-Yanoukovitch, une source officielle russe avait déjà évoqué la possibilité que toute aide économique de Moscou à l'Ukraine soit conditionnée à l'obtention de meilleures conditions pour le stationnement de la flotte russe en Crimée, et à la possibilité pour la Russie de disposer des capacités industrielles ukrainiennes stratégiques pour la défense russe. Pour ce dernier point, la question des chantiers navals ukrainiens est explicitement évoquée dans le document rendu public : Russes et Ukrainiens ont prévu de signer un mémorandum d'intention pour la coopération en matière de constructions navales. Rappelons que la Russie ne dispose plus d'aucun chantiers navals en mer Noire et envoie donc ses unités en Bulgarie ou dans les chantiers russes de la Baltique (Kaliningrad, St Pétersbourg) voire du Nord (Severodvinsk) pour qu'elles y subissent leurs IPER.

 

Quelques réflexions sur la portée de l'accord Poutine-Yanoukovitch

 

L'accord du 17 décembre, tout en ouvrant la voie à la résolution de nombreux litiges russo-ukrainiens autour de la flotte russe, amène un certains nombre de réfléxions.

Premièrement, le bras de fer entre la Russie et l'UE autour de l'Ukraine reste d'ordre géopolitique. Zbigniew Brzezinski avait affirmé que "Sans l'Ukraine, la Russie cesse d'être un Empire". La communauté Euro-Atlantique et la Russie ne sont pas parvenues à transcender le jeu à somme nulle qui caractérise leurs relations dans la région de la mer Noire d'une manière générale, et en Ukraine en particulier.

Deuxièmement, la Russie, comme elle le fait aujourd'hui au Kirghizistan, paye pour ramener dans son giron les anciennes républiques soviétiques jugées stratégiques pour ses intérêts. La question aujourd'hui est celle du coût de cet accord pour Moscou : $15 milliards pour financer une partie de la dette ukrainienne, plus $10 milliards de rabais sur la gaz (plus précisément $8 milliards étant donné que Gazprom détient $2 milliards de créances impayées par l'opérateur gazier ukrainien). Toutefois, il convient de ne pas inverser les rôles : c'est bien l'Ukraine qui a compromis sa souveraineté économique et industrielle en laissant son économie plonger dans la crise, et qui s'est mise en situation de dépendance totale vis-à-vis de ses créanciers.

Troisièmement, plus spécifiquement sur les termes de l'accord. La signature d'un accord bilatéral russo-ukrainien qui permettrait la modernisation de la flotte russe aux conditions de Moscou créerait un cadre dont ne pourront s'affranchir les successeurs de Viktor Yanukovitch. Pour cette raison, la signature de cet accord devrait intervenir avant l'élection présidentielle ukrainienne de mars 2015, tant que Viktor Yanoukovitch est au pouvoir. Aux termes de ce futur document, la Russie devrait acquérir une plus grande liberté navale en Crimée, et pouvoir plus facilement déployer les nouvelles unités qui doivent être mises en service en mer Noire d'ici 2020. Plus généralelement, les positions navales russes en mer Noire seront renforcées, ce qui contribuera à faire de la flotte russe de la mer Noire un facteur encore plus déterminant dans l'architecture sécuritaire navale pontique, ce qui a été rappelé par le président russe lors d'une conférence de presse au Kremlin le 17 décembre dernier.

Quatrièmement, sur les modalités du remplacement des unités russes. La première étape consiste à réaliser un inventaire des unités considérées. Il y a très peu de chances pour que le cadre retenu soit celui du remplacement "type pour type". Un rapide coup d'oeil au programme d'armement naval russe permet de constater que certains types d'unité actuellement en sevice ne devraient pas être renouvellés d'ici 2020 : les grands navires de débarquement, les grands navires de lutte ASM ou le croiseur lance-missiles Moskva (ce dernier sera modernisé, ce qui constitue un autre cas de figure). En revanche, le nombre de sous-marins sera augmenté, passant de 1 à 7. Il est plus probable que la Russie et l'Ukraine se mettent d'accord sur un plafond en terme de tonnage ou de nombre d'unité déployées à Sébastopol et Théodosie.

Enfin, on s'achemine vers une possibilité pour la Russie de pouvoir utiliser les chantiers navals ukrainiens. Ces chantiers sont aujourd'hui sous-utilisés et seules les commandes russes sont aujourd'hui capables de leur fournir du travail. Si ce scénario se vérifiait, Kiev et Moscou franchiraient une étape significative dans leur coopération militaro-technique en matière navale. En outre, cela libérerait des capacités dans les chantiers russes de la Baltique et du Nord, non sans soulever des protestations au sein du complexe militaro-industriel russe.

 

Sources : site du Kremlin, Reuters, Flot.com

 

Sur ce thème :

La Russie rachète le croiseur Ukraine

L'Ukraine retrouve l'usage de son unique sous-marin.


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René59 09/01/2014 14:00

Je profite pour vous souhaitez à tous mes Meilleurs Voeux et surtout la Santé .Et de continuer vos articles "Merci"

Khan 09/01/2014 14:23



Merci bien! Je vous souhaite également une très bonne année 2014. A très bientôt sur le blog!



Starshiy 09/01/2014 12:46

Il faut éviter de tomber dans ce cliché très occidental de croire que Yanoukovich est un dictateur. Il faut en effet prendre en compte le faitr qu'il a été démocratiquement élu par une majorité de
la poultaion ukrainienne qui n'est pas que concentrée à Kiev

René59 19/12/2013 13:13

La Russie ne laisse pas filer l'Ukraine comme cela malgré les nombreuses protestations du peuple Ukrainien !