D'ici la fin de l'année 2012, la Marine russe envisage de tester le premier moteur à hydrogène pour ses submersibles. C'est le B-90 Sarov qui servira de plateforme expérimentale.

 

Le B-90 Sarov (photos ci-dessous) est l'unique submersible du Projet 20120 Sargan (classe Sarov). Son existence a été dévoilée par mégarde en 2007, à l'occasion d'une cérémonie de parrainage, par les autorités municipales de la ville de Sarov (région de Nijni-Novgorod). Aujourd'hui, on sait que le submersible a été construit à partir de la coque du sous-marin expérimental du Projet Sargan, mis sur cale en 1989 par le chantier naval Krasnoe Sormovo (Nijni-Novgorod), et jamais achevé par manque de financements. La construction du B-90 a été complétée à Severodvinsk, puis le submersible a été mis à l'eau fin 2007. Il a été admis au service actif au mois d'août 2008 dans la Flotte du Nord, où il sert de plateforme expérimentale universelle pour tous les projets touchants aux sous-marins (propulsion, armements...).

 

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Trois photos du Sarov à Severodvisnk. Datation inconnue. Source : balancer.ru

 

Selon Izvestia, qui cite une source au sein du Ministère russe de la Défense, le B-90 Sarov sera utilisé pour les essais qui concernent le premier moteur expérimental russe anaérobie fonctionnant au combustible à hydrogène. En cas de succès, il serait envisagé d'équiper les submersibles du Projet 677 Lada et ceux de type Amour-1650, la version export du Projet 677, de moteurs à hydrogène. La Russie s'inspire ainsi des sous-marins de type 212 allemands qui disposent d'un système de propulsion anaérobie qui utilisent des batteries à combustile d'hydrogène/oxygène. Cette technologie hybride accroit la furtivité du submersible ainsi que sa durée d'immersion. Les piles à combustible à hydrogène dispensent le bâtiment de faire surface pour recharger les batteries, ce qui est le cas par exemple pour les sous-marins classiques du Projet 636, diminuant ainsi la vulnérabilité du submersible. Selon la source citée par Izvestia, les sous-marins russes qui seront équipés d'une telle propulsion anaérobie seront en mesure de concurencer les submersibles allemands.

 

Le "réformateur" : un système unique développé par Rubin

 

C'est le constructeur de submersible russe Rubin qui a développé la technologie.

Les moteurs anaérobies fonctionnant avec l'hydrogène nécessitent l'installation à bord du sous-marin d'un réservoir afin de pouvoir le stocker, ce qui représente un risque accru d'incendie à bord du bâtiment en raison de la haute instabilité de l'hydrogène. Par ailleurs, des infrastructures portuaires doivent être développées afin de pouvoir assurer le rechargement en hydrogène du submersible, ce qui constitue également une manoeuvre risquée nécessitant un haut niveau de sécurité. Le développement de telles infrastructures en Russie, inexistantes puisque la Marine russe utilise des sous-marins diesels, induiraient des coûts importants. Aussi, Rubin a exploré une autre direction :  la production d'hydrogène directement à bord du submersible pour la propulsion anaérobie. L'hydrogène est produit à partir du moteur diesel grâce à un nouveau système unique appelé "réformateur", développé par le constructeur. Cette solution dispense de stocker l'hydrogène à bord du bâtiment, et résout ainsi la question de la sécurité de l'équipage et celle des infrastructures des bases navales. Selon le directeur de Rubin, Igor Vilnit, qui s'exprimait dans le cadre du salon Euronaval-2012, la solution proposée par Rubin permet de produire une puissance de 400 kW qu'il estime supérieure aux systèmes occidentaux qui déploient au maximum 180 kW. C'est ce système qui devrait faire l'objet de tests à partir du B-90 Sarov à la fin de l'année 2012.

 

Une application pour les submersibles du Projet 677 ?


Au mois de juin 2012, le commandant en chef de la Marine russe Vicktor Tchirkov a ordonné la reprise de la construction des sous-marins du Projet 677 qui avait été stoppée par son prédécesseur, l'amiral Vladimir Vissotski, suite à des disfonctionnements concernant la propulsion anaérobie. Le navire tête de série, le B-585 Saint-Pétersbourg, actuellement affecté à la Flotte du Nord, devrait reprendre les essais par grande profondeur début 2013, tandis que les deux unités suivantes, le B-586 Cronstadt (coque achevée à 10%) et le B-587 Sébastopol (coque achevée à 40%), sont toujours dans les cales du chantier naval de l'Amirauté (Saint-Pétersbourg). Leur construction, actuellement suspendue, pourrait reprendre en cas de succès dans les essais du B-585.


Selon certaines sources, Rubin financerait directement l'installation de la propulsion anaérobie sur la troisième Lada, le Sébastopol, et négocierait actuellement avec le Ministère de la Défense pour que soit inclue dans le budget 2013 une enveloppe pour le submersible qui serait alors livré en 2015. Le B-586 Cronstadt serait quant à lui équipé de batteries lithium.

 

Sources : Izvestia ; i-mash ; soumarsov ; Global Security ; Regnum ; russiadefense.net

Tag(s) : #Sous-marins
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