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La modernisation des forces de surface russes : les unités ex soviétiques

21 Janvier 2014 , Rédigé par Khan Publié dans #Surface

Le volet naval du programme d'armement russe pour la période 2011-2020 prévoit la mise à niveau et la modernisation de grands bâtiments de surface construits par l'URSS, et qui sont aujourd'hui en service au sein des forces navales de la Fédération de Russie. Certaines unités, placées en réserve, pourraient également être concernées.

 

Sur les €120 milliards d'investissements dont la marine doit bénéficier d'ici 2020, près de 30%, soit €40 milliards, serviront à financer la modernisation de bâtiments de surface et de sous-marins ex soviétiques. Les unités de surface concernées par ce programme sont parmi les plus importantes; il s'agit de l'unique porte-avions russe, l'Amiral Kouznetsov, du croiseur nucléaire lance-missiles Pierre le Grand (classe Kirov), des croiseurs lance-missiles de la classe Slava, et des grands navires de lutte ASM de la classe Oudaloy. En prolongeant la durée de vie de ces unités, il s'agit pour Moscou de pallier au manque de capacités hauturières qui risque de se produire à l'horizon 2020 en raison des retards accumulés par les nouveaux projets, dont celui des frégates polyvalentes du Projet 22350. En outre, la mise sur cale d'un destroyer de nouvelle génération n'est pas prévue avant 2015/2016. En ce qui concerne le futur porte-avions, la mise en chantier de l'unité tête de série, si elle a lieu, n'interviendra pas avant 2020/2021. Moscou cherche donc à gagner "à moindre frais" du temps en attendant de disposer d'unités dites de quatrième génération.

Toutefois, les économies coûtent parfois cher...

 

Le porte-avions Amiral Kouznetsov (Projet 1143.5)

 

Le Kouznetsov devait entrer en IPER fin 2013, et être remis en service en 2018. Toutefois, cette opération a été glissée sur la période 2014-2019, et interviendra donc après que le bâtiment soit revenu de son déploiement dans les eaux méditerranéennes. Le bâtiment devrait bénéficier de l'expérience acquise par Sevmash (Severodvinsk) lors de la (longue) modernisation de l'INS Vikramaditiya (ex Amiral Gorshkov). 

Il est prévu que la propulsion du Kouznestov soit changée : le système de propuslion par chaudière à mazout et turbines à vapeur qui équipe le bâtiment est trop peu fiable. Deux options de remplacement sont envisagées : une propulsion classique (COGAG ou CODAG) ou une propulsion nucléaire. Les Su-33 devraient être remplacés par des MiG-29K, et des catapultes devraient être installées. Les missiles anti-navires P-700 Granit, qui peuvent emporter une charge conventionnelle ou nucléaire, seront enlevés afin d'augmenter la capacité du hangar du PA.

admiral kuznetsov

Le porte-avions russe Amiral Kouznetsov. Source : inconnue.

 

Les croiseurs nucléaires lance-missiles du Projet 1144.2, classe Kirov

 

Il existe 4  unités de ce type de croiseur, dont une seule, le Pierre le Grand, est en service comme vaisseau amiral de la flotte du Nord. Le ministère de la Défense russe et OSK (consortium des constructions navales) ont signé au mois de juin 2013 un contrat portant sur la modernisation du croiseur Amiral Nakhimov, qui est la seconde unité du Projet 1144.2. La première unité, l'Amiral Ouchakov (Projet 1144), a été retirée du service en 2004, et la seconde, l'Amiral Lazarev (Projet 1144.2), a été placée en réserve dans la flotte du Pacifique. La modernisation de ces 2 unités est jugée trop coûteuse compte tenu de leur état. Tandis que le bureau d'étude Severnoe (Saint-Pétersbourg) s'est chargé des aspects techniques, c'est Sevmash (Severodvinsk) qui se charge de la mise en oeuvre de la modernisation. D'après le chantier naval, ce sont 70% des équipements de l'Amiral Nakhimov qui doivent être remplacés. Les travaux ont commencé cet été à Severodvinsk, et il est prévu que le bâtiment soir remis en service en 2018.

La modernisation de ce bâtiment de 26 000 tonnes coutera très certainement plus que les 5 milliards de roubles (soit environ €120 millions) mis sur la table par la Russie à l'été 2013. Cette somme permettrait en fait de remettre l'Amiral Nakhimov en état de marche, sans lui apporter de modifications, encore moins de le moderniser. Selon les sources, le coût réel estimé d'un tel chantier se situerait plus entre 40 et 60 milliards de roubles (€950 millions et €1,4 milliard). La marine russe souhaite en effet qu'à l'issu de sa modernisation, l'Amiral Nakhimov puissent emporter jusqu'à 80 missiles de différents types. Des UKSK devraient donc être installés en remplacement des P-700 Granit, et permettraient au bâtiment de mettre en oeuvre des missiles de la famille Kalibr. Il est également prévu d'installer un complexe "Poliment-Redut" (défense anti-aérienne). Un système Pantsir-S1 navalisé devrait également être installé de même que une version navalisée du système de défense anti-aérien S-500 (si cette version est prête d'ici 2018). Le système de propulsion nucléaire du vaisseau ne sera pas changé, mais il sera réparé et modernisé. L'Amiral Nakhimov sera donc en 2018 un croiseur atomique polyvalent, capable d'opérer contre des groupes de bâtiments ennemis en mer, comme de mener des opérations contre des cibles à terre.

Après cette première modernisation, Sevmash a d'ores et déjà prévu de procéder à celle du Pierre le Grand, dont le rôle de vaisseau amiral de la flotte du Nord devrait alors être repris par le Nakhimov modernisé.

Nakhimov.jpg

L'Amiral Nakhimov amarré à Sevmash. Source : Sevmash.

 

Les grands navires de lutte ASM du Projet 1155, classe Oudaloy

 

Il s'agit aujourd'hui des principaux bâtiments hauturiers russes, avec les deux croiseurs du Projet 1164 encore en service, et avec le Pierre le Grand. Sur les 13 bâtiments construits, huit unités sont encore en service, et une est placée en réserve .

Peu de nouvelles informations ont filtré depuis l'article que nous avions consacré en mars dernier sur ce projet.

Pour rappel, le budget prévu est de 2 milliards de roubles par unité (soit environ €50 millions par unité), mais il est probable que ce budget soit sous-estimé dans la mesure où la marine souhaite en fait transformer ces bâtiments en destroyers polyvalents. Des missiles de la famille Kalibr devraient être installés de même qu'un système de défense anti-aérienne S-400 Redut, et un canon A-192. La première unité modernisée doit être remise en service pas avant 2016. Toutefois, fin 2013, les spécifications techniques de la modernisation n'étaient toujours pas prête. On ne sait également toujours pas quel chantier naval sera en charge de la mise en oeuvre de la modernisation. Il se pourrait que ce soit Yantar (Kaliningrad) ou le chantier naval du Nord (Saint-Pétersbourg).


chabanenko  Le grand navire de lutte ASM Amiral Chabanenko. Source : inconnue. Ce sont ces navires qui sont principalement mobilisés pour les missions de lutte anti-piraterie au large de la Corne africaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les croiseurs lance-missiles du Projet 1164, classe Slava

 

La marine russe dispose de 2 de ces croiseurs de 12 000 tonnes : le Moskva, navire amiral de la flotte de la mer Noire, et le Variag, le navire amiral de la flotte du Pacifique.

Fin 2011, le ministère russe de la Défense et le centre de réparation Zvezdotchka (Severodvinsk) ont signé un contrat portant sur la réparation et la modernisation de la troisième unité, le Maréchal Oustinov, rattaché à la flotte du Nord. Le bâtiment, arrivé chez Zvezdotchka en juin 2011, devait initiallement être remis à la marine fin 2013. Toutefois, le chantier naval a annoncé au mois de décembre dernier que, compte tenu de l'étendu des travaux à réaliser, le Maréchal Oustinov ne serait pas disponible avant 2015. Il est notamment prévu de réparer le système propulsion, et de procéder à la modernisation des systèmes d'armement (installation d'UKSK), de navigation et de communication. Fin juin 2013, le bâtiment a été mis à flot à Severodvinsk. Il est prévu que Zvezdotchka se charge de la modernisation des deux autres unités, le Moskva et le Variag, une fois celle du Maréchal Oustinov terminée. Peu d'informations ont filtré sur le coût unitaire de la modernisation de ces bâtiments. Il est donc difficile de savoir concrètement ce que la marine russe veut "mettre" comme nouveaux équipements (canon de 130mm, missiles Klub?).

Une quatrième unité pourrait bien rejoindre la marine russe : le croiseur Ukraine, ex Amiral Lobov, aujourd'hui amarré à quai à Nikolaïev (Ukraine) et achevé à 95% (selon le chantier naval 61 Kommunara). Kiev et Moscou négocient depuis la fin des années 2010 le rachat de ce bâtiment par la Russie après que l'Ukraine ait renoncé à le moderniser pour sa propre marine. En septembre 2013, la partie ukrainienne, qui estime que le navire est achevé à 95%, a proposé de la vendre à Moscou pour 1 milliard de roubles (environ €24 millions). Cependant, fin 2013, les négociations semblaient encore se poursuivre. La signature en décembre dernier de l'accord Poutine-Yanoukovitch pourrait toutefois accélérer le processus, Russes et Ukrainiens s'étant accordés pour intensifier leur coopération notamment dans le domaine des constructions navales.

La Russie aura besoin de ces navires en particulier pour protéger ses futurs Mistrals dont la première unité, le Vladivostok, doit être versée à la flotte du Pacifique en 2015...soit en même temps que la remise en service du Maréchal Oustinov modernisé.

Moskva.jpg

Le croiseur Moskva à Sébastopol. Source : site officiel de la flotte de la mer Noire.

 

Sources : flotprom, rusnavy.com, Interfax, russiadefence.net, Ria Novosti, veille stratégique de l'auteur.

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