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Le directeur du consortium des constructions navales russes OSK a annoncé que la Russie prévoit de mettre sur cale en 2016 un destroyer de nouvelle génération.

 

Nous avons régulièrement évoqué sur ce blog les projets de la Russie concernant la (re)constitution d'une flotte océanique. Cette ambition était affichée dès 2001 dans la doctrine navale de la Fédération de Russie pour la période 2001-2020. Depuis, la question a été régulièrement ramenée sur le devant de la scène navale russe à travers, par exemple, les débats autour de l'opportunité lancer les études sur la conception d'un nouveau porte-avions en Russie. Dernièrement, ces sont les déclarations de Roman Trotsenko, le directeur d'OSK, le consortium des constructions navales russes, qui sont venues rappeler qu'en Russie, il est toujours question de doter la Marine de bâtiments de haute-mer.

C'est à l'occasion du Forum économique international de Saint-Pétersbourg que le dirigeant a déclaré le 22 juin dernier qu'OSK prévoyait de mettre sur cale en 2016 le premier exemplaire du destroyer de nouvel génération. Le lieu de la déclaration n'est pas anodin : il s'agit de démontrer que malgré la crise économique, la Russie entend soutenir l'effort de réarmement dans lequel elle s'est engagée au moins jusqu'en 2020.

Roman Trostenko a déclaré que l'objectif était de construire une série de 6 destroyers de quatrième génération équipés d'un système de défense anti-missiles et défense contre des armements spatiaux. Les travaux de conception auraient, selon le directeur d'OSK, déjà débuté dans les bureaux d'études Severnoe si bien qu'il est possible d'envisager la mise sur cale de la première unité dès 2016. La construction des bâtiments devrait être répartie sur deux chantiers navals à part égale : le chantier naval du Nord et l'usine de la Baltique, tous deux situés à Saint-Pétersbourg. Roman Trotsenko a ajouté que ces destroyers constitueront l'épine dorsale de la défense spatiale russe dans l'océan mondiale, sans toutefois préciser quels éléments de la défense spatiale seraient déployés à bord des bâtiments (radar, intercepteurs...).

 

Ces déclarations amènent au moins deux réflexions : la première sur les capacités de construction, et la seconde sur le type de navires que projettent de construire les Russes.

En ce qui concerne les capacités, les chantiers navals situés à Saint-Pétersbourg, qui est l'un des principaux pôles de constructions navales russes, sinon le principal, devraient ainsi assurer la construction des destroyers. Toutefois, les industriels et les dirigeants russes parviendront-ils à éviter le phénomène d'engorgement des cales et donc les retards induits par un carnet de commande trop chargé ? OSK semble apporter une réponse à ce défi à travers la construction prochaine d'un immense complexe de constructions navales sur l'île de Kotline (Golfe de Finlande) qui sera en charge de la mise en chantier de bâtiments civils (à partir de 2015) et militaires (2018). Les installations, pour lesquelles le consortium va débourser près de 60 milliards de roubles (1,4 milliards €), auront une capacité de construction 15 fois supérieure à celles de tous les chantiers navals existants en Russie. Si le calendrier de construction est respecté, l'ouverture d'un tel complexe apportera une bouffée d'oxygène aux autres chantiers navals pétersbourgeois.

Kotline.jpg

Montage de ce à quoi pourrait ressembler le futur pôle de constructions navales construit par OSK. Source : Flot Prom

De quel type de navire parle t'on ?

Actuellement, les destroyers en service dans la Marine russe sont ceux de conception soviétique du Projet 956 (classe Sovremenny, 8 000 tonnes à pleine charge) mis en service entre 1980 et 1993. Quatre exemplaires ont bien été construits dans les années 2000, mais ils l'ont été pour le compte de Pékin. Afin de maintenir des capacités suffisantes pour assurer sa présence ponctuelle en haute-mer, la Russie a pour le moment eu surtout recours à des mesures provisoires comme le projet de remise en service de croiseurs nucléaires soviétiques du Projet 1144.

Projet-21956.jpgSource : sdelanounas.ru

Il y a maintenant trois ans, l'amiral Vissotski, qui était alors le commandant en chef des forces navales russes, avait déclaré que la construction de nouveaux destroyers destinés à remplacer ceux du Projet 956, débuterait dès 2012. Toutefois, depuis le début de la seconde moitié des années 2000, des éléments concernant le design, la fonction et les équipements du futur destroyers avaient été donnés par les bureaux d'études Severnoe en charge de la conception du bâtiment. Le bâtiment, construit sous le numéro de Projet 21956, est un destroyers d'un déplacement de 9 000 tonnes, conçu pour les opérations de combat sur les mers et les océans contre d'autres forces navales hostiles, apte à mener la lutte anti-surface, ASM et anti-aérienne tout en apportant un soutien à des troupes menant des opérations amphibies. Il s'agit donc d'un destroyer de 4e génération multitâches qui se veut être l'alter ego russe au bâtiment de classe Arleigh Burke américain. Les navires du Projet 21956 mettent de plus en oeuvre des missiles anti-navires supersoniques et disposent d'un revêtement censé diminuer leur signature radar et sonar, et sont également apte à gérer les menaces provenant de l'espace. Cette dernière dimension sera, semble t'il aussi, gérée par le futur porte-avions russe.

Projet-21956.2.jpg

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Source : site du bureau Severnoe.

A l'origine, il semblait que les bâtiments de ce projet seraient avant tout destinés à l'export (Chine et Inde), mais il se pourrait bien que la Russie décide d'intégrer à ses propres forces navales le Projet 21956.

 

Sources : Flot Prom ; RIA Novosti ; ЦАМТО, site de Severnoe Design Bureau ; Deagel ; Russian ships.info.

 

Pour aller plus loin :

Vers un renouveau de la marine océanique russe ?

La Marine russe va remettre en service deux autres croiseurs nucléaires.

La Marine russe renoue avec des ambitions océaniques.

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