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Le Kouznetsov à la rencontre du Bush.

10 Décembre 2011 , Rédigé par Khan Publié dans #Aéronavale

Alors que le porte-avions russe Amiral Kouznetsov fait route vers la Méditerranée avec son groupe, le porte-avions américain Georges Bush est déjà sur place, non loin des eaux nationales syriennes. Les deux bâtiments et leurs navires d'escorte pourraient se cotôyer d'ici quelques semaines.

 

A la date du 30 novembre dernier, l'USS George H.W. Bush (CVN-77) croisait au large des côtes algériennes, faisant route vers le bassin oriental de la Méditerranée, avec pour objectif d'atteindre les eaux situées au large du Machrek. Il s'agit du dernier né des porte-avions nucléaire de la classe Nimitz, entré en service au sein de l'US Navy au mois de janvier 2009. Le porte-avions russe Amiral Kouznetsov devrait pour sa part arriver dans le bassin oriental de la Méditerranée d'ici quelques semaines, se retrouvant ainsi à proximité du bâtiment américain, sur fond de crise syrienne. Malgré des informations contradictoires, le porte-avions russe devrait bien faire escale dans le port syrien de Tartous où la Russie dispose d'un point d'appui logistique pour sa flotte.

Un rapide comparatif technique des deux bâtiments s'impose avant même de se lancer dans des analyses plus abouties :

 

USS George H.W. Bush (CVN-77) :

  • Lieu de construction : Newport News (Virginie).
  • Mise sur cale : 6 septembre 2003.
  • Mise en service : 10 janvier 2009.
  • Longueur : 332,85 m
  • Déplacement : 97 000 t à pleine charge.
  • Vitesse : 30 noeuds.
  • Propulsion : 2 réacteurs nucléaires, 4 arbres d'hélices.
  • Equipage : 3 200 hommes (navire) + 2 480 hommes (aéronavale).
  • Equipements :

30 F/A-18 E/F Super Hornet, 15 F/A-18C Hornet, 6 E-2C Hawkeye, 6 EA-6B Prowler, 4 C-2A Greyhound, 4 hélicoptères SH-60 Sea Hawk.

 

2 batteries de missiles surface-air RIM-116, 2 batteries de missiles surface-air Sea SparrowMk57 Mod3, 4 canons anti-missiles de 20mm Phalanx.

 

Amiral Kouznetsov :

Kouznetsov.jpg

L'Amiral Kouznetsov (source : airforce.ru)

  • Lieu de construction : chantiers navals Chernomorskiy, Nikolaïev (Ukraine).
  • Mise sur cale : 1er septembre 1982.
  • Mise en service : 25 décembre 1990.
  • Longueur : 306,45 m
  • Déplacement : 59 100 t à pleine charge.
  • Vitesse : 29 noeuds.
  • Propulsion : 6 générateurs diesel.
  • Autonomie : 45 jours.
  • Rayon d'action : 12 000 miles nautiques (10 noeuds), 3850 miles nautiques (29 noeuds).
  • Equipage : 1 960 hommes.
  • Equipements :

26 Su-33, 18 Ka-27 (lutte ASM), 4 Ka-31 (détection longue distance des cibles), 2 Ka-27PS (recherche et sauvetage).

 

12 batteries lance-missiles 3K45 Granit (anti-navires), 24 batteries lance-missiles ZS-95 SAM "Kinzhal" (surface-air), 8 modules 3M87 "Kortik" (surface-air), 2X8 lanceurs SAM 9M311 (surface-air), système RKPTZ-1 "Udav-1M (lutte ASM), 6 acnnons de 30mm (AK-630M), 1 canon de 45mm (21KM).

 

Au-delà des comparaisons purement techniques entre deux navires de génération et de conception très différentes, il convient de s'intéresser aussi au savoir-faire russe en matière d'utilisation de ce formidable outil de puissance que représente un porte-avions (le savoir-faire américain n'étant plus à discuter). Là, les choses se compliquent. Commençons par évoquer la biographie de l'Amiral Kouznetsov :

 

Premiers essais d'appontage du Su-33 : 1er novembre 1989.

Essais du navire en mer : mai-septembre 1990.

Entré en service au sein de la Marine russe : 25 décembre 1990 (subi néanmoins des travaux de finalisation jusqu'au 6 mai 1991).

Distance parcourue en 1990 : 16 232 miles nautiques

Distance parcourue en 1991 : 15 650 miles nautiques

Distance parcourue en 1992 : 5 012 miles nautiques

Distance parcourue en 1993 : 5 095 miles nautiques

Distance parcourue en 1994 : 5 397 miles nautiques

Distance parcourue en 1995 : 5 467 miles nautiques

Croisière en Méditerranée : 23 décembre 1995 - 22 mars 1996. Au cours de cette traversée, le porte-avions fait escale à Tartous (29 janvier - 2 février 1996) et à La Valette (17 au 19 février 1996). Cette année là, le Kouznetsov parcourt 14 156 miles nautiques.

Rentre à Mourmansk pour subir une IPER (chantiers navals militaires SRZ-35).

Août 1998 : entrainement aux manoeuvres d'appontage/décollage de l'aéronavale.

Octobre 1999 : essai du Su-27KUB.

Automne 2000 : retourne en réparation aux chantiers navals militaires SRZ-35 près de Mourmansk. 

27 septembre au 24 octobre 2004 : participe à des exercices dans l'Atlantique nord.

 

Arrétons nous ici pour constater un premier élément : l'Amiral Kouznetsov n'a participé à aucune sortie opérationnelle depuis sa mise en service. Ajoutons à celà les doutes d'observateurs et d'experts sur la capacité des Su-33 à décoller du navire en étant chargés avec leurs missiles et leurs bombes. Cette même aéronavale semble par ailleurs souffrir d'un maque d'entrainement et d'heures de vol, et ce ne sont pas les entrainements récemment accomplis qui peuvent combler ce déficit, comme celui du nombre des pilotes qualifiés pour décoller/apponter.

kouznetsov_flight_deck.jpg

Le pont de l'Amiral Kouznetsov (source : airforce.ru)

La présence du groupe aéronaval russe au large de la Syrie, "face" au groupe américain est-elle pour autant symbolique ?

Assurément non. Il suffit de considérer l'armement embarqué du "Kuze" pour constater qu'il pourrait à lui seul verrouiller une zone considérable ( les SSN-19 anti-navires ont une portée de 550 km par exemple). Sa capacité opérationnelle dépasserait le simple stade de la nuisance en cas d'opération militaire étrangère sur la Syrie, opération contre laquelle en l'état actuel des choses Moscou s'opposerait. Par ailleurs, si les détails sur la composition du groupe d'escorte de surface ont été diffusés, il en va (logiquement) différement du ou des SNA qui accompagnent le "Kuze" : 1, voire 2 submersibles de classe Akula.


En fait, les différences ne doivent à l'évidence pas être recherchées dans les spécificités techniques des deux porte-avions, mais bien dans les raisons de leur présence simultanée au large des côtes syriennes dans les prochaines semaines.

La Russie envoie son groupe en Méditerranée pour manifester son opposition à tout scénario "à la libyenne" sur la Syrie. Son groupe semble donc formaté pour un double objectif :  dissuader, et le cas échéant, interdire des opérations aériennes à partir, ou supposant un passage au-dessus des eaux brunes syriennes. Ce déploiement, ne l'oublions pas, est renforcé par le dispositif que Moscou a installé à terre :  le système de protection Bastion, et, selon certaines sources, des batteries de missiles sol-air S-300. En fait, il n'y a rien de nouveau, la Marine russe continue, dans la ligné de la Marine impériale russe, puis dans celle de l'Eskadra soviétique, de mettre en oeuvre une stratégie navale défensive reposant sur la combinaison d'équipements navals (forte puissance de feu privilégiée sur les capacités de projection) et terrestres (foudroyance des systèmes installés cad P-800 Onyx et S-300).

 

Sources : Stratfor ; Red Stars ; vpk name ; le fauteuil de Colbert ; russian-ships.info ; public.navy.mil (site officiel du CVN-77) ; airforce.ru.

 

Pour aller plus loin :

Le porte-avions Amiral Kouznetsov a appareillé pour la Méditerranée.

Syrie : la présence russe s'accentue.

Le porte-avions russe Amiral Kouznetsov se prépare à croiser dans les eaux chaudes.

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