En 1971, Moscou et Damas signent un accord aux termes duquel l'Union soviétque se voit octroyée une base navale dans le port syrien de Tartous. Il s'agit alors pour l'URSS de disposer d'unités navales prépositionnées en Méditerranée en cas de conflit avec l'OTAN. Les navires soviétiques doivent également surveiller les activités des flottes otaniennes, et principalement celles de la  VIe flotte américaine, tout en occupant le théâtre méditerranéen. Au cours des années 1970 et 1980, la base de Tartous est utilisée par les navires de la 5e Escadre méditerranéenne de la flotte de la Mer Noire qui y trouvent toutes les infrastructures nécessaires à leur maintenance ainsi qu'à leur ravitaillement. Vingt ans après la chute de l'URSS et le retrait unilatéral de l'Eskadra soviétique des eaux méditerranéennes, Moscou devrait pouvoir prochainement déployer à nouveau ses navires à Tartous.


  • Une nouvelle étape dans déploiement de navires russes en Syrie après 2012.

Les contacts entre la Russie et la Syrie n'ont jamais véritablement cessé et se sont maintenus à un niveau minimal même au cours des années 1990, lorsque l'activité diplomatique russe en Méditerranée était quasi nulle.

Dès le début des années 2000, Moscou entend réinvestir la scène internationale. Traduisant les paroles en actes, le Kremlin déploie au mois de décembre 2007 un groupe aéronaval centré autour du porte-avions Amiral Kouznetsov en Méditerranée. Au mois de janvier 2008, les navires de ce groupe relâchent dans le port syrien de Tartous. C'est à compter de cette période que les informations concernant un futur déploiement permanent de navires russes dans le port syrien ont commencé à circuler.

 

Au mois de février 2010, le commandant en chef de la Marine russe, l'Amiral Vissotski, a confirmé la volonté de la Russie de disposer de points d'appui naval à l'étranger, à proximité des zones opérationnelles de la flotte russe, dont la Méditerranée orientale fait partie.

Depuis 2008, les Russes ont réinvetsi les lieux afin de remettre à niveau les installations de Tartous destinées à l'usage de la Marine russe. Actuellement, le point d'appui logistique naval russe de Tartous se compose de 2 quais flottants, d'un atelier flottant (changé tous les 6 mois), plusieurs dépôts, des casernes et d'autres installations. Près de 300 personnels russes sont chargés de la maintenance et de la modernisation du site.

Car pour le moment, on ne peut parler de base navale, mais seulement de point d'appui logistique naval. La fin de la modernisation du site, et son passage au statut de point de base, puis à celui de base navale, est prévu à partir de la fin de l'année 2012. A compter de cette date, le port syrien devrait être apte à accueillir des navires lourds, tels que des croiseurs (le Pierre le Grand par exemple) voire le porte-avions Amiral Kuznetsov, ainsi que des sous-marins.

 

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Le port syrien de Tartous. (Image Google Map, 2010).

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Sur cette photo satellite de la partie Nord du port de Tartous, on peut distinguer les 2 quais flottants russes. (Image Google Map, 2010).

 

D'après les déclarations de l'Amiral Vissotski, la future base navale de Tartous devrait également faire partie du schéma de déploiement de la flotte russe de la Mer Noire qui disposera ainsi du port syrien en plus de ses installations à Sébastopol (Crimée, Ukraine) et Novorossisk (côtes russes de la Mer Noire).

 

  • Une base navale en Syrie: pourquoi faire?

En son temps, l'URSS avait besoin de disposer de points de relâche pour son Escadre méditerranéenne en "pleine Méditerranée", afin de s'affranchir de la contrainte du franchissement systématique des Détroits turcs. En outre, en cas de crise majeur avec l'Occident, Ankara, en tant que membre de l'OTAN, n'aurait pas manqué de fermer le Bosphore et les Dardanelles à la flotte soviétique de la Mer Noire, stationnée à Sébastopol.

L'URSS a donc acquis une série de facilités navales en Méditerranée (les point d'appui logistique naval de Lattaquié en Syrie, Mersa-Matruh en Egypte jusqu'au début des années 1970 etc.), dont la base navale de Tartous, à partir de 1971.

 

Aujourd'hui, les enjeux ont sensiblement évolué.

Il subsiste encore et toujours la contrainte du franchissement des Détroits turcs pour les unités de la flotte de la Mer Noire, même si aujourd'hui, les relations entre Moscou est Ankara sont plus que cordiales. La base navale de Tartous permet d'éviter de devoir systématiquement rallier Sébastopol pour le ravitaillement des navires.

La zone opérationnelle de la Marine russe a également évolué puisque désormais, elle opère, comme nombre d'autres flottes, au large de la Corne de l'Afrique, afin de lutter contre la piraterie.  Quelle ironie: en son temps, l'URSS disposait de facilités navales au Yémen (Hodeida) et à Nocra, dans l'archipel de Dahlak (Ethiopie, mer Rouge). En ce sens, la proximité du port de Tartous avec le canal de Suez permettra à la Marine russe de renforcer sa présence dans l'océan Indien.

 

Enfin, plus généralement, la recherche de bases et de point d'appui en Méditerranée est une constante dans l'Histoire de la présence navale russe dans les eaux méditerranéennes. Il s'agit pour Moscou de "compenser" le verrouillage de la Mer Noire en disposant d'éléments prépositionnés au coeur du bassin méditerranéen.

 

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Le port de Tartous présente l'avantage de se situer entre les 2 points de passages stratégiques que sont les Détroits turcs, et le canal de Suez (cercles rouges sur la carte). En haut à droite, les 2 principales bases navales russes en Mer Noire (Novorossisk est en chantier, prévue pour être opérationnelle en 2020). Photo: Google Map.


  • La protection des installations russes: le complexe "Bastion".

Il s'agit peut être là du prochain sujet de litige entre Moscou et Tel-Aviv après la question des S-300. Les installations russes de Tartous devraient être protégées par le système mobile de défense côtière "Bastion" qui met en oeuvre des missiles anti-navires supersonique SS-N-26 Yakhont (P-800 Onix) ainsi que le système de surveillance aérien et côtier Monolit B. 

 

Bastion.jpg

 

Le système "Bastion" repose sur la mise en oeuvre de missiles anti-navires SS-N-26 Yakhont. En bas à gauche, un groupe de navires hostiles. Au milieu, un navire hostile isolé. En haut à droite, le navire et l'hélicoptère mettent en oeuvre le complexe "Bastion".

  • 1: Acquisition de cible via un hélicoptère équipé du système Monolit B.
  • 2: Plateforme de mise en oeuvre des missiles Yakhont. Ici, un navire.
  • 3: Phase d'accélération et phase ascendante de la trajectoire du missile SS-N-26.
  • 4: Phase de vol de croisière à haute altitude du SS-N-26 (entre 14,000 et 20,000 mètres). En trajectoire directe, cette altitude se situe entre 10 et 15 mètres.
  • 5: Phase descendante du missile.
  • 6: Activation de la tête chercheuse et acquisition de (des) la cible(s).
  • 7: Descente à basse altitude de vol.
  • 8: Activation et armement de la tête. Le radra embarqué passe en mode passif.

 

Le complexe "Bastion" a été conçu par l'entreprise "NPO Mashinostroyenia". Il est en mesure de neutraliser tous les types de navires de surface. Il peut engager des cibles isolées (navire unique) ou multiples (convois, groupes de combat, groupe aéronaval) grâce à la combinaison d'un puissant système de feu (le missile Yakhont) et d'un système de détection électronique qui peut être par exemple être assuré par un hélicoptère (cf. schéma ci-dessus). La détection et l'acquisition des cibles est assuré par le système de surveillance aérien et côtier Monolit B conçu par l'entreprise russe "JSC Typhoon". Ce radar peut être déployé à terre comme embarqué à bord d'un hélicoptère ou d'un avion.

Le Monolit B peut traiter jusqu'à 50 cibles au-delà de l'horizon à 250 Km de distance en mode passif, et 450 Km en mode actif. Dans le premier cas, le système autorise l'engagement de 10 cibles de façon simultané. Dans le second cas, il permet d'engager jusqu'à 30 cibles en même temps. Ces données confirment bien le fait que le Yakhont est apte à traiter un groupe aéronaval dans son intégralité. A noter que ce système est également utilisé pour la mise en oeuvre des Club-M et des SS-NX-27 Uran.

 

 Plusieurs types de plateforme peuvent mettre en oeuvre du Yakhont, à terre, ou depuis la mer, à partir de navires (corvette, frégates, croiseurs...). Ce missile possède une portée de 300 Km (trajectoire balistique, avec une vitesse de vol de Mach 2.3) et 120 Km en tir direct (entre Mach 1.5 et 1.7) et embarque une charge militaire de 300Kg.

Malgré les protestations israéliennes, le Ministre de la défense russe, Anatoli Serdioukov, a récemment confirmé au mois de février 2011 que le "contrat était en cours de réalisation" et que les missiles seraient bien livrés à la Syrie, selon les termes d'un contrat signé entre Moscou et Damas en 2007. 

 

p-800 yakhont

  Le SS-N-26 Yakhont serait le missile anti-navires le plus rapide du monde (vitesse supersonique atteignant Mach 2.3).

 

 

Sources: RIA Novosti, Defense UpDate, Warfare.ru notamment.

Tag(s) : #Bases navales
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